Pierre libéré de sa culpabilité (Jean 21)

GUERISON DE LA CULPABILITE
Quand Jésus fait de la psychanalyse
 Jean 21 v 1-21

1. Un mal être

1.1.  L’environnement :

Jésus est ressuscité, mais n’est plus constamment présent avec ses disciples. Il n’apparaît plus que ponctuellement. L’exaltation de la chambre haute ne se reproduit pas à la demande. Les disciples doivent apprendre le chemin de la vie par la foi, c’est-à-dire la mise en place pour leur vie de tous les jours d’une relation à Dieu, d’une relation aux autres et à  soi-même, basées non plus sur une vision constante du Christ, mais dans la mise en perspective de la parole donnée par Jésus qui oriente  toute l’existence.

La résurrection n’est donc pas un événement par lequel Jésus force ses disciples à croire en lui. Certes elle est là comme pierre fondatrice de leur vie et de leur espérance, mais Jésus renvoie ses disciples aux réalités de la vie, il les renvoie aux réalités de ce qu’ils vivent dans leur être tout entier et c’est là que les choses difficiles à vivre resurgissent.

Exemple des croyants qui vivent de manifestations en manifestations. De temps forts en temps forts au plan émotionnel et sentimental, mais qui sont incapables entre temps de vivre de manière équilibrée et adulte. On suit les modes….

1.2.  La réaction de Pierre

Pour Pierre, cela ne marche plus. Dans les quelques jours qui ont suivi la résurrection de Jésus, tout allait bien. Jésus est présent physiquement, il vit des temps forts. La joie, la confiance sont bien présente, notamment dans la chambre haute ; mais en ce qui le concerne, rien n’est réglé en profondeur. Il traîne un boulet de culpabilité et « des bandelettes » de mal être qui ressurgissent et se resserrent, dès le moment où il se retrouve seul avec les autres disciples et avec lui-même, sans Celui qui prend toute la place quand il est là.

C’est pour cela qu’à un moment il craque complètement. « Je vais à la pêche ». Cette phrase pourrait paraître anodine et trouver bien des explications rationnelles. Ne fallait-il pas trouver un peu de nourriture ? Ne fallait-il pas s’occuper ou prendre quelque loisir ? En réalité, pour Pierre, cela signifiait renvoyer par-dessus bord tout ce qu’il venait de vivre dans les trois dernières années. Jésus ne lui avait-il pas dit «  tu seras désormais pêcheur d’hommes » ?

Je vais à la pêche, ce cri résonne  comme un «  tchao » j’en ai marre ! Et comme il a toujours été celui qui était devant, malgré les dernières circonstances, les autres disciples le suivent.

2. L’origine de la culpabilité de Pierre

Pourquoi Pierre était-il dans cette situation spirituelle et psychologique d’extrême faiblesse ? Parce qu’il traîne avec lui un boulet de culpabilité dont il ne sait pas comment se débarrasser. Et la seule manière qu’il a trouvée, c’est la fuite.

Lui, le fort soi-disant : « si tous ceux là t’abandonnent, moi jamais »

Lui qui savait mieux que tous les autres, lui qui pouvait dire même à Jésus ce qui allait se passer : «  Non Jésus, cela ne t’arrivera pas »

Lui qui après s’être disputé pour savoir qui était le plus grand des disciples était capable de dire à Jésus sincèrement : «  lave-moi non seulement les pieds, mais moi tout entier »

Lui qui pensait pouvoir prier avec Jésus et qui s’était endormi

Lui qui était capable de prendre l’épée pour défendre Jésus et de couper l’oreille d’un serviteur du Souverain Sacrificateur. Lui qui voulait toujours être un peu le chef est tombé lamentablement. Il  a trahi, il est tombé par rapport aux autres, il est tombé surtout par rapport à lui-même. Ce n’est pas pour rien que l’Evangile dit : il pleura amèrement, il fondit en larme » C’est la même expression que la parole de Jésus dans le sermon sur la montagne «  heureux ceux qui pleurent », c’est la même expression que celle employée par Paul quand il parle de tristesse selon Dieu qui produit la vie. Mais pour qu’elle produise la vie, il faut qu’elle soit dite à Dieu. Or dans cette période, Pierre ne peut pas parler à Dieu ; à ce moment sait-il encore qui est Dieu ? Jésus ? Mais c’est justement lui qui a été trahi ; seulement il est là et puis il est plus là. En attendant, Pierre est mal vis-à-vis du Christ, beaucoup vis-à-vis de ses collègues et surtout profondément vis-à-vis de lui-même.

Pierre avait un caractère particulier. Il  avait connu, sans doute, des difficultés dans sa vie qui le poussaient, par réaction à toujours vouloir être le chef, à être toujours le premier à réagir, à vouloir être le plus aimé, le plus reconnu, même s’il faut un peu manipuler pour cela. Ces traits  de caractère resteront constamment présents. A peine délivré, Pierre dira à Jésus « qu’est-ce qui arrivera à Jean » et à Antioche, Paul se disputera avec Pierre au sujet d’un comportement douteux et manipulateur.

Il arrive que nous aussi, nous traînions un gros paquet de bandelettes (allusion à la résurrection de Lazare) qui nous tiennent paralysés et incapables de marcher sereinement. Parfois à un tel point que ce besoin de retourner à la pêche et de tout abandonner, nous saisit également.

Étouffés par notre éducation, nous avons eu besoin de prendre des distances, aujourd’hui nous avons le sentiment d’avoir trahi.

Lié par des paroles audacieuses en matière d’engagement spirituel : « vous verrez Dieu fera ceci ou cela, Dieu m’a montré ». Et en réalité Dieu a montré que je ne savais rien !

Lié par le sentiment profond de déception parce que je pensais sincèrement que Dieu changerait ma vie dans tel ou tel domaine et puis cela continue.

Paralysé par le « je voudrai tellement » et la réalité. Qui me délivrera de ce combat sans fin ?

Paul  exprime cela dans l’épître aux Romains. Il termine en disant : « grâce soit rendue à Jésus-Christ !

3.Le processus de guérison

Parce que c’est bien lui qui prend l’initiative de la délivrance, Jésus va mettre en place des événements extraordinaires juste pour permettre la guérison et la libération de Pierre. Une fois de plus c’est Jésus qui rejoint ses disciples sur la plage.

Pris par leur sentiment de déception, de lassitude d’autant plus qu’ils n’ont rien pêché, les disciples ne reconnaissent pas Jésus ; comme nous, si souvent refermés sur nos difficultés et rongés par notre sentiment de culpabilité et de déception, nous ne pensons pas un instant que Christ puisse être là, à côté et qu’il nous touche le bras en nous disant «  Hé ! »

Le processus de guérison est marqué du côté de Jésus par :

–          une pêche miraculeuse

–          un feu

–          des poissons qui cuisent

–          du pain

–          un triple questionnement à Pierre

–          un envoi

du côté de Pierre par :

–          une confession de son amour pour Jésus, resitué dans la réalité de son vécu

–          acceptation de la mission que Jésus lui confie

3.1. La pêche miraculeuse

–          quand est-ce que Pierre a reçu l’appel de Jésus ? On dirait quand aujourd’hui quand est-ce qu’il s’est converti ou qu’il est né de nouveau ?

Lors de la première pêche miraculeuse. Jésus ramène Pierre au début, au moment de son appel, au moment où s’écroulant au fond du bateau, Pierre avait confessé la sainteté et la grandeur du Christ. Jésus le ramène au moment où il lui avait adressé son appel, comme pour lui dire : tu ne vas pas tout abandonner et retourner à ce que tu étais avant. « Maintenant, tu seras pêcheur d’hommes » Ce qui a été vécu lors de notre conversion, lors de notre rencontre avec Dieu est écrit de manière indélébile dans le royaume et constitue la base même de notre vocation. C’est le cas pour Pierre. Cette seconde pêche miraculeuse est là pour le lui rappeler. Les 153 gros poissons n’ont pas d’autres signification que de rappeler que la providence du Seigneur est toujours là. Qu’il donne toujours en abondance

 3.2. Le pain et les poissons

–          ramène Pierre à un autre événement fondamental et qui va marquer les disciples très profondément : c’est la multiplication des pains et l’enseignement qui est associé à cet événement. Les Evangiles en parle beaucoup et en particulier Jean. Le pain de vie, la manne céleste : «  celui qui mangera du pain que je lui donnerai n’aura plus jamais faim. Jésus rappelle ce qui pour Pierre, à un moment donné est devenu une évidence. Jésus était bien la vie, le pain celui qui était envoyé par Dieu.

–          Jésus rappelle d’abord à Pierre, non pas ce qu’il est lui, Pierre, mais ce que Dieu a fait pour lui, lui rappelle en quelque sorte son amour pour lui : «  Je t’ai aimé, je t’ai appelé, je savais qui tu étais, je connaissais tes défauts, je t’aime tel que tu es, tu n’as pas besoin de faire du cinéma et à toujours vouloir forcer les choses »

Voilà le premier pas du travail  de Jésus qui va conduire Pierre vers la libération.  Pour nous, il en est de même. Dieu nous dit : «  rappelle-toi ce que tu as vécu avec moi. Je t’aime tel que tu es et pleinement. Je te connais par ton nom, tu es à moi ; ne crains rien et ne cherche pas à vouloir te prouver artificiellement que tu es engagé, que tu es aimé. Je t’aime tel que tu es, tellement que je suis mort pour toi sur la croix »

Cette première étape va préparer le terrain du cœur de Pierre à vivre la seconde qui est bien difficile

3.3. Le triple questionnement de Pierre par Jésus

Alors que Pierre souhaitait visiblement renouer le contact avec Jésus de manière intime, sans les autres, Jésus va opérer la libération et la réhabilitation de Pierre de manière publique. C’était nécessaire pour lui. Peut-être que Jésus n’aurait pas procéder de cette manière avec un autre disciple. Mais Pierre devait être guéri de ce lien de domination, de besoin de paraître vis-à-vis des autres, ce lien qui l’avait conduit au désespoir et à la culpabilité profonde, Pierre devait être guéri de ce lien là même où il s’exerce le plus et là où il fait souffrir : c’est-à-dire  avec les autres.

Se tournant alors vers Simon Pierre, Jésus lui demande à trois reprises « Simon , fils de Jonas, m’aimes-tu »

Trois choses importantes :

–          trois fois : reniement, mais aussi la parole de Jésus : avant que le coq chant trois fois tu m’auras renié

–          Simon, fils de Jonas : Jésus rappelle à Pierre sa nature humaine. C’est elle qui a besoin d’être guérie, c’est elle qui est toujours retenue par les bandelettes de la mort, c’est elle qui le tient encore éloigné de Jésus et des autres

–          M’aimes-tu. Je ne veux rien d’autre de ta part que de l’amour. Jésus ne demande pas à ce moment là : que fais-tu pour moi, mais m’aimes-tu ?; Ce m’aimes-tu qui fait écho à l’amour plein de Jésus pour Pierre

Du côté de Pierre :

–          l’abandon de toute excuse, de toute explication, de toute références aux autres

–          tu sais toutes choses

–          je t’aime

–          il fut attristé

Pierre est guéri. Il est réhabilité. Plus même, Jésus lui confie des responsabilités d’anciens. D’ailleurs,il dira plus tard dans son épître : «  Moi ancien, parmi les autres, je vous exhorte » Il est guéri de son lien de domination, ce qui ne lui empêche pas d’exercer un ministère d’autorité dans l’Eglise, mais basé sur le «  tu sais toute chose, tu sais que je  t’aime »

Tout n’est pas dit, et puis c’est Jésus qui opère. Nous sommes là dans le domaine de la confession, de la libération telle qu’elle peut être vécu

Ce ministère de libération est confié à l’Eglise.