La réfugiée, ancêtre du boulanger de Bethléem

Voyage au pays de Ruth

1. Ruth Chapitre 1 :
1 ¶ Au temps du gouvernement des juges, il y eut une famine dans le pays. Un homme de Bethléhem de Juda partit, avec sa femme et ses deux fils, pour séjourner dans la campagne de Moab.
2 Le nom de cet homme était Élimélek, le nom de sa femme Noémi et le nom de ses deux fils Mahlôn et Kilyôn ; (ils étaient) Éphratiens, de Bethléhem de Juda. Ils arrivèrent dans la campagne de Moab et ils y vécurent.
3 Puis Élimélek, mari de Noémi, mourut, et elle resta avec ses deux fils.
4 Ils épousèrent des femmes moabites. Le nom de la première était Orpa et le nom de la seconde Ruth. Ils habitèrent là environ dix ans.
5 Mahlôn et Kilyôn moururent aussi tous les deux, et la femme resta, privée de ses deux enfants et de son mari.
6 ¶ Alors elle se leva, elle et ses belles–filles, et s’en revint de la campagne de Moab, car elle avait appris dans la campagne de Moab que l’Éternel était intervenu en faveur de son peuple en lui donnant du pain.
7 Elle sortit du lieu où elle vivait, ses deux belles–filles avec elle, et elles se mirent en route pour retourner au pays de Juda.
8 Noémi dit alors à ses deux belles–filles : Allez, retournez chacune à la maison de sa mère ! Que l’Éternel use de bienveillance avec vous, comme vous l’avez fait envers ceux qui sont morts et envers moi.
9 Que l’Éternel vous donne à chacune de trouver du repos dans la maison d’un mari ! Elle les embrassa. Elles se mirent à sangloter ;
10 et elles lui dirent : (Non), nous irons avec toi vers ton peuple.
11 Noémi dit : Retournez, mes filles ! Pourquoi viendriez–vous avec moi ? Ai–je encore dans mon sein des fils qui puissent devenir vos maris ?
12 Retournez, mes filles, allez ! car je suis trop vieille pour appartenir à un homme et quand je dirais : Il y a de l’espoir pour moi, quand cette nuit j’appartiendrais à un homme et que je mette des fils au monde,
13 attendriez–vous pour cela qu’ils aient grandi, refuseriez–vous pour cela d’appartenir à un homme ? Non, mes filles ! car mon sort est plus amer que le vôtre, et la main de l’Éternel s’est abattue sur moi.
14 Elles sanglotèrent encore. Orpa embrassa sa belle–mère, mais Ruth s’attacha à elle.
15 Noémi dit alors : Voici que ta belle–sœur est retournée à son peuple et à ses dieux ; retourne à la suite de ta belle–sœur.
16 Ruth dit : Ne me pousse pas à te quitter, à me détourner de tes pas ! Où tu iras, j’irai ; où tu demeureras, je demeurerai, ton peuple est mon peuple, et ton Dieu est mon Dieu,
17 où tu mourras, je mourrai et j’y serai ensevelie. Que l’Éternel me fasse ceci et qu’il ajoute cela si ce n’est pas la mort qui me sépare de toi.
18 (Noémi), la voyant résolue à aller avec elle, cessa de lui parler.
19 ¶ Elles marchèrent toutes deux jusqu’à leur entrée à Bethléhem. Lorsqu’elles entrèrent à Bethléhem, toute la ville fut étonnée à leur sujet et (les femmes) disaient : Est–ce là Noémi ?
20 Elle leur dit : Ne m’appelez pas Noémi ; appelez–moi Mara, car le Tout–Puissant m’a rendu (la vie) bien amère !
21 Comblée j’étais partie ; vide l’Éternel me ramène. Pourquoi m’appelez–vous Noémi ? L’Éternel a témoigné contre moi, le Tout–Puissant m’a fait du mal.
22 Ainsi revint Noémi, et avec elle sa belle–fille, Ruth la Moabite qui revenait de la campagne de Moab. Elles arrivèrent à Bethléhem au début de la moisson des orges.
Ce récit de Ruth est transmis en forme de nouvelle. C’est là un des genres littéraires de cette grande bibliothèque biblique. En un sens, tout ici est inventé, mais rien n’est plus réel. Les noms des personnages sont symboliques –ce que tout lecteur de l’époque, d’emblée, entend. Le fait que Ruth figure dans la généalogie de Jésus n’est nullement en contradiction avec cet aspect de récit extraordinaire. Tous les Juifs savaient ce que cela voulait dire.

L’histoire même est toute entière symbolique et elle nous achemine vers la finale qui donne le sens de tout le récit et, donc, la raison pour laquelle il a été écrit et transmis. Et cette finale, c’est d’abord l’inscription du roi David dans cette lignée de personnages traversé à la fois par la grâce du Dieu Sauveur, et à la fois par le combat de tous les jours face aux égoïsmes humains, à la vanité du quotidien. C’est ensuite l’inscription du fils de David dans cette histoire d’Israël : le Fils de David, le Messie. Celui qui naîtra à Bethléem, celui qui donnera le pain pour toujours.
En effet, tout commence à Bethléem et tout passe et se finit à Bethléem. Que cela soit pour Obed, le fils de Ruth, pour David ou pour Jésus le fils de Marie, depuis Abraham, par Juda, fils de Jacob.

1 La famine à Bethléem
Dès le premier verset du livre, nous sommes plongés dans les symboles si plein de sens. Tout d’abord, « le temps des Juges » : temps difficile au sujet duquel il est dit que « chacun faisait ce qu’il voulait » sous-entendu : personne ne recherchait à accomplir la volonté de Dieu, ni dans son développement spirituel personnel, ni dans sa relation à l’autre. On est dans le monde du chacun pour soi., plus de lien social, comme aujourd’hui.
Et voilà qu’à Bethléem qui signifie la maison du pain, survient une famine. C’est pour le moins contradictoire. Dans la tradition et la conception juive de ce temps, il est clair qu’une famine est considérée comme un châtiment, comme une punition envoyée par un dieu ou par l’Eternel pour les Juifs. La famine à Bethléem ne pouvait être considérée que comme une punition de Dieu, vis à vis d’un peuple qui, délibérément se détourne de Dieu et de ses commandements qui, rappelons-le au passage sont donnés non pas pour écraser l’être humain, mais, au contraire, pour lui permettre de vivre sereinement en société et de ne rien manquer, ne serait-ce que parce que la société vit en paix et dans la solidarité. Or du temps des Juges, ce ne sont que guères fratricides, pillages, atrocités qui divisent et provoquent précarité et misère. Au point qu’à Bethléem, celui qui s’appelle « mon Dieu et Roi » Elimélek et sa femme qui s’appelle « ma gracieuse » Naomi sont obligés de partir dans un pays dans lequel ils ne sont pas sûr d’être accueillis. Ils fuient, ils migrent à Moab.
Pourtant, les Moabites sont des ennemis de toujours qui ne peuvent être admis dans l’assemblée d’Israël. Ce sont des méprisés par les descendants d’Abraham. La naissance de ce peuple survient à la suite de l’inceste de la fille de Loth avec son père qu’elle avait carrément saoulé pour coucher avec lui. Ensuite les Moabites s’étaient vengés de ce mépris en refusant à Israël la possibilité de traverser leur pays quand sous la direction de Moïse, Israël se rendait d’Egypte en Canaan.). (Vous savez, la Bible est très directe. Il n’y a pas de censure pour décrire l’être humain, dans sa grandeur, comme dans sa misère). Et voici qu’à une époque d’exaltation de la figure de David- le saint roi rassembleur du peuple- on apprend qu’il a eu une ancêtre moabite.
Cela n’est pas moins que de dire, aujourd’hui, que notre président de la République aurait une grand-mère syrienne ou Afghane
À sa manière, le livret de Ruth a signifié, pour les contemporains de David, une formidable ouverture à la nouvelle réalité, à la prise en compte de l’étranger. Ruth la palestinienne ou la Jordanienne est inscrite dans la généalogie de Jésus. Elle fait partie des 4 femmes qui s’y trouvent comme pour dire à l’Eglise, il n’y a pas de race chrétienne, pas plus que française. Il n’y a que des êtres humains, créés par Dieu et qui sont appelés à construire une société de respect où chacun retrouve dans l’autre, le créateur. Dieu

2. L’installation
Seulement les choses ne se passent pas comme Elimélek et Naomi l’avaient espéré. La signification des noms continuent à expliquer, à suggérer l’environnement spirituel, social et familial dans lequel cette famille se trouve.
Mahlôn, le premier fils signifie : maladie
Kilyôn, le second signifie : fragilité, finir, épuisement
(C’est bien l’abondance des noms portant des sens impensables qui montrent bien que ce récit est une sorte de parabole vivante. Qui appellerait ses enfant : » maladie ou dépression »
Mon Dieu est roi disparaît, c’est comme si Dieu n’était plus là. Maladie fait son apparition, fragilité, physique, intellectuelle rôde autour de cette famille qui essaye de se battre. Elle connaîtra quand même un peu de joie dans le mariage des enfants. Mais rapidement Naomi deviendra Mara « amère » triste, déçue voire désespérée par la mort de ses deux fils incapables de donner une descendance et par l’abandon rapide de Orpa. Au fait j’avais oublié de mentionner que le nom d’Orpa (la « nuqueuse ») convient bien à celle qui, en effet, tournera le dos à Naomi et repartira chez les siens. Dans l’usage hébraïque, « montrer sa nuque » («tourner le dos ») est le contraire de montrer sa face et d’accompagner.
Naomi, se retrouve veuve, sans enfant pour la soutenir économiquement. Plus capable naturellement de donner naissance à d’autres fils qui viendront épouser Ruth et Orpa en fonction de la loi du Lévirat qui oblige un frère cadet à prendre la veuve de son frère aîné pour lui donner une descendance.
La situation d’une veuve en Israël, comme c’est le cas encore parfois dans certaines cultures est dramatique. Elles n’ont plus rien. Parfois même elles doivent rendre ce que la belle famille avait pu donner pour le mariage. Ma gracieuse, n’a plus rien. C’est bien pour cela que la loi de Dieu martèle avec régularité : « tu te souviendras de la veuve et de l’orphelin. »
Et voilà que l’Eternel va finir par montrer sa face à celle qui avait tout abandonné ; c’est au travers de Ruth qui signifie « l’amie, celle qui accompagne ». Qu’il le fait. Naomi est au fond du trou et c’est là que Dieu la retrouve en utilisant Ruth l’étrangère, celle que Naomi ne désirait pas plus que cela. « retourne chez ta famille » lui dit-elle. C’est pourtant au travers de cette étrangère qu’elle trouvera la joie, la sérénité et une descendance.
Je ne sais pas si nous mesurons l’importance du geste de Ruth l’étrangère. Elle s’attacha à Naomi. Le verbe hébreu signifie littéralement : « coller » à sa belle-mère. C’est le même verbe que celui qui dans le livre de la Genèse décrit l’union de l’homme avec sa femme : « il s’attachera à sa femme ». C’est donc un verbe très fort qui exprime l’amour, et le soutien dans tous les domaines : économique, physique. L’étonnant, ici, c’est que Ruth s’attache à une femme qui est sans avenir. C’est finalement elle, l’étrangère, celle qui est d’une autre culture qui rejoint Naomi dans sa culture et sa religion en invoquant le Dieu d’Israël. C’est Ruth qui va donner son corps, sa vie à Naomi pour lui donner la descendance. Normalement la descendance est bien située dans l’Ancien Testament, au travers de l’homme. Là c’est au travers d’une femme que symboliquement elle se réalisera. « Béni soit l’Éternel qui ne t’a pas laissé manquer aujourd’hui d’un rédempteur dont le nom sera célébré en Israël » diront les femmes de Bethléem à Naomi quand Ruth accouchera du grand-père de David. (Ruth 4)
Il n’y a pourtant aucun lien biologique de parenté entre Ruth et Naomi. Mais pour Dieu, il n’y a aucune différence. Celle qui vient du pays méprisé, donnera naissance au rédempteur de Naomi, d’Israël et du monde entier.
3. Le demi-tour
C’est donc le demi-tour. Naomi repart pour Bethléem. C’est la conversion en quelque sorte. Je repars, je reviens, je retourne à la maison du pain. Je reviens vers toi mon Père. Ces moments de conversion que nous pouvons connaître à plusieurs reprises dans nos vies, ne sont jamais simple à vivre, même s’ils sont essentiels.
Oui, il y a la décision, il y a la mise en mouvement, une nouvelle dynamique pour sa vie personnelle ; mais il faut bien assumer ce qu’on a vécu. L’environnement est toujours là ; ceux qu’on a quittés attendent pour voir.
Naomi revient les mains vides, pire même elle revient avec le sentiment d’être méprisée par ses anciens amis, mais surtout par Dieu. « Appelez-moi « Mara » Amère, dégouttée, car El Shaddaï (c’est le terme employé ici pour dire Dieu » m’a fait du mal. Elle rend Dieu responsable de sa misère. El Shaddaï, c’est le tout-puissant qui gère dans la tradition juive la bénédiction ou la malédiction. Plus de bien matériels, pas d’enfant. C’est la malédiction totale.
Naomi, n’est pas tout à fait honnête, elle ne revient pas tout à fait les mains vides, elle revient avec Ruth, mais pour le moment elle ne compte pas trop. Cependant, une phrase, celle qui termine ce premier chapitre devrait attirer notre attention comme elle a servi d’ouverture pour les lecteurs de l’époque : « elles arrivèrent à Bethléem, c’était la moisson des orges ». Souvenez-vous, Naomi avait quitté Bethléem, car il n’y avait plus de moissons du tout. Là elles arrivent et c’est la moisson des orges. Quel symbole. La moisson des orges a lieu environ 40 jours avant celle du blé dans le fameux mois de Nissan (calendrier hébreux) Elles arrivent désolées et c’est immédiatement la perspective de l’espérance et de la bénédiction qui est là. Mais ce n’est pas tout dans le symbole…..
La moisson des orges, correspond à la fête de la Pâque. Le fameux 15 de Nissan, c’est la Pâque. C’est le rappel de la grâce de Dieu, le rappel de la rédemption, de la libération. L’agneau qui prend la place du fils ainé.
C’est comme si Dieu disait à Naomi : « ne sois plus amère, c’est moi qui ai pris sur moi la malédiction. L’agneau immolé. »
Mais la Pâque, c’est aussi le nouveau départ, la résurrection, la traversée de la Mer Rouge et le baptême.
Et là, ce vieux livre de Ruth devient Evangile pour dire qu’El Shaddaï, celui qui apparemment nous oublie, s’accommode de la division des êtres humains, n’a en fait, pas un autre but que de les rassembler en un seul peuple et de me permettre à tout moment de connaître le chemin du retour et de la résurrection.
Ruth, l’étrangère, et Nahomi la maudite, reviennent à Bethléem. Là naîtront Obed, le grand père de David, mais aussi Celui qui dira : « Celui qui mangera le pain que je lui donnerai, n’aura plus jamais faim ». Retourner à Bethléem est donc essentiel pour chacun.
Amen

Témoignage de Gandhi sur la prière

Je ne suis pas un homme de lettres ou de sciences. J’essaie seulement d’être un homme de prière. Sans la prière, j’aurais perdu la raison.Si je n’ai pas perdu la paix de l’âme, malgré les épreuves, c’est que cette paix vient de la prière.On peut vivre quelques jours sans manger,mais non sans prier. La prière est la clef du matin et le verrou du soir. La prière, c’est une alliance sacrée entre Dieu et les Hommes.                                               Gandhi

Tout être humain est désormais libre

CULTE DE LA RÉFORMATION MASSY/ 26 OCTOBRE 2014/ Pasteur P. Girardet

Jean 8 v.31-36

¶  Jésus dit aux Juifs qui ont cru en lui : « Si vous restez fidèles à mes paroles, vous serez vraiment mes disciples. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »   Ils lui disent : « Nous sommes de la famille d’Abraham et nous n’avons jamais été esclaves de personne. Comment peux–tu nous dire : “Vous deviendrez libres”? »  Jésus leur répond : « Oui, je vous le dis, c’est la vérité : tous ceux qui commettent des péchés sont esclaves du péché.  L’esclave ne reste pas toujours dans la famille. Le fils, lui, reste dans la famille pour toujours.  Donc si le Fils vous rend libres, vous serez vraiment libres.

Introduction :

Ce texte qui affirme que la liberté se trouve en Jésus, est bien connu. Il claque comme un slogan : « La vérité vous rendra libre ». Cependant quand nous y regardons d’un peu plus près, sa compréhension n’est pas aussi simple, voire simpliste que cela. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement que : « le Fils vous rend vraiment libre ». Les auditeurs de Jésus, eux n’ont pas tout à fait saisi immédiatement le sens des paroles de Jésus. Essayons de voir cela ensemble

  1. Les destinataires

Tout d’abord, à qui Jésus s’adresse-t-il ? Aux juifs qui ont cru en lui, c’est-à-dire à ceux de ses adversaires qui maintenant acceptent de le reconnaître comme le Messie. Dans leur conception première, le Messie est celui qui viendra les libérer de l’esclavage, à commencer par celui que les Romains leur font subir au moment même où Jésus parle.

Jésus ne se contente pas de savoir qu’il a maintenant des adhérents. Pour lui, cela ne suffit pas. Il veut les entraîner plus loin. Cela ne suffit pas de croire que Jésus est le Messie. Cela ne suffit pas de croire en Jésus et de réciter un crédo. La question qui nous rejoint aujourd’hui à travers les siècles : «  qu’est-ce que cela change d’affirmer que je suis protestant, issu de la Réforme », surtout « qu’est-ce que cela change de croire en Jésus pour moi, aujourd’hui, dans ce monde où à chaque heure, on nous parle d’un drame, d’une guerre, d’inégalité, d’injustice, d’esclavage de l’argent ou de fous de dieu. ? »  C’est justement pour répondre à cette question que Jésus entraîne ces juifs, récemment convertis sur le thème de la famille de Dieu, espace spirituel de liberté.

  1. La complexité des propositions

Il faut quand même reconnaître que les propositions de Jésus sont complexes. Il est question de Parole : « si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et vous serez vraiment libre. De quelle Parole s’agit-il de la Sola Scriptura, chère à la réforme, la Parole de Dieu contenue dans la Bible ?

Il est question de la vérité, mais de quelle vérité s’agit-il ? Qui a la vérité ? L’histoire de l’Eglise  montre bien et aujourd’hui encore ce que les hommes peuvent faire au nom de la vérité soi-disant révélée par Dieu et interprétée au bénéfice de groupe, de prophète, de prédicateurs qui enrôlent, excluent, jugent et finissent par tuer moralement en coupant les liens sociaux et parfois même tuent physiquement.

Il est question de liberté, mais de quelle liberté s’agit-il ? D’ailleurs les religieux visiblement n’ont pas bien compris et réagissent immédiatement. « Tu veux dire que nous ne sommes pas libre ? » Et hop, ils retournent à leur racine, à Abraham, en affirmant que puisqu’ils sont de la famille d’Abraham, ils n’ont jamais été esclaves. Et l’Egypte, et Babylone, et les Romains maintenant ? Ils ne pouvaient pas l’ignorer. Finalement, ils n’avaient peut-être pas si mal compris. Ils ont bien perçu que Jésus les entraînaient sur un autre registre.

Enfin pour compliquer encore les choses Jésus ajoutent que ceux qui commettent des péchés sont esclaves, que les esclaves ne restent pas dans la famille ; on ne peut y rester qu’avec le statut de fils ou de fille et que c’est le Fils, c’est-à-dire ici, le Fils de Dieu qui donne ce statut de liberté.

Jésus ne veut pas dire qu’il y a des bons et des pas bons. Il ne veut pas dire qu’il considère qu’il y a des croyants qui pèchent et d’autres pas ou que des hommes ou des femmes peuvent être esclaves de tel ou tel péché, alors que ceux qui sont fils ne pèchent plus. La différence entre esclave et fils ou fille ne se mesure pas à l’aune d’un règlement ou d’un code de morale. La différence, c’est une question de statut, car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, dira Paul aux Romains.

En fait, il aurait fallu lire également les versets qui suivent. C’est comme si Jésus avait lancé un pavé dans l’eau et avançait dans sa démonstration au rythme des vagues.

  1. La Famille ou le vivre ensemble

En effet un étrange dialogue va s’installer entre Les juifs et Jésus :

  • «  nous sommes de la famille d’Abraham »
  • « non vous n’êtes pas de sa famille parce que vous ne faites pas ce qu’Abraham a fait
  • « qu’est-ce qu’il a fait ? »
  • « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et il s’est réjoui. « Vous vous faites les œuvres de votre père », sous-entendu le diable, le père du mensonge, c’est-à-dire de la non vérité
  • «  Nous ne sommes pas des enfants illégitimes ; nous n’avons qu’un seul Père, Dieu. »
  • «  Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez ; car c’est de Dieu que je suis issu et que je viens ; car aussi je ne suis pas venu de moi–même, mais c’est lui qui m’a envoyé. »

Voilà où Jésus voulait les amener et nous amener, Frères et Sœurs. A se resituer par rapport à Dieu le Père.  Famille d’Abraham, oui, parce qu’Abraham a fait confiance à Celui qui lui a fait  grâce et l’a réintroduit dans sa famille, celle du Père de tout être humain ; Abraham qui accepte  par la foi ce nouveau statut de fils, lui qui avait perçu au travers de l’épisode du sacrifice avorté d’Isaac que tout sacrifice d’être humain était interdit par Dieu. Seul Dieu lui-même dans la personne du Dieu-Fils pouvait refaire l’alliance de la Famille. Famille brisée par le premier fils, séduit par la parole du diable serpent qui lui proposait d’être dieu à la place du Père et de mettre le monde à ses pieds.  Abraham avait vu ce jour, dit l’Ecriture, où le Dieu-Fils, alors élevé sur le bois, dirait : «  tout est accompli ». Dieu a pourvu. Jéhovah Jireh, le nom même du lieu du sacrifice d’Abraham.

La vérité qui libère, c’est l’annonce de l’amour du Père

La vérité qui libère, c’est l’annonce de la grâce de Dieu et  du pardon qui relève, délivré de tout jugement

La vérité qui libère, c’est l’annonce de la grâce de Dieu et  du pardon qui relève, délivré de tout jugement et qui concerne aussi l’autre, celui qui vit près de moi.

La vérité qui libère, c’est l’annonce de l’alliance renouvelée qui fait de moi un fils ou une fille de Dieu

La vérité qui libère, c’est l’annonce que je fais partie de la famille de Celui qui est le Père de tout être humain,  qui est aussi le Père de mon voisin qui fait du bruit et qui suit un autre chemin de religion qui, d’ailleurs le ramène aussi vers le sacrifice d’Abraham et de la grâce de Dieu.

La vérité qui libère, c’est la proclamation qu’aucun être humain ne peut réduire l’autre à l’esclavage ou à subir la brutalité  physiquement bien sûr, mais aussi psychologiquement, sexuellement et économiquement, dans la famille, dans le management, dans le modèle économique de l’entreprise, dans la société.

La vérité qui libère, c’est la proclamation de la justice, parce que je crois à ce statut de fils qui appartient à la maison du Père et dont je dois être signe dans mon quotidien. C’est mon engagement à œuvrer pour retisser les liens sociaux qui se délitent dans tous les quartiers de nos villes et même de nos campagnes.

C’est bien là le message de la Réforme : la parole, la grâce, la foi, la liberté de la famille de Dieu et la seule gloire de Dieu.. C’est bien ce message que nous devons proclamer au moment où nous nous approchons d’une guerre de civilisation. Rien ne se règlera définitivement par les armes. Il faut remettre Dieu à sa place de Père et chaque être humain  à sa place de fils et de fille. C’est cette vérité qui m’affranchira spirituellement, intellectuellement ; c’est cette vérité qui nous affranchira du mensonge de la course au pouvoir et de la haine.

Vous êtes fils et filles de du Père. Vous êtes  dans la maison. Prenez donc votre statut en main.

Alors pour terminer et rejoindre  les questions du départ :

  • Quelle Parole : une parole qui annonce la grâce du «  tout est accompli »
  • Quelle vérité : celle qui rappelle qu’il y a un seul Père, le père de tous, même de ceux qui ne partagent pas tous les éléments de ma religion.
  • Quelle liberté : celle du fils ou de la fille de la maison
  • Quel appel : fais lui confiance
  • Toute réforme de la société commence par une réforme de soi

Amen

Saphira tuée par l’autoritarisme de Pierre

PIERRE : crise d’autoritarisme (Actes 5 v.1-11)

Mais un homme du nom d’Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété et retint avec le consentement de sa femme une partie du prix ; puis il apporta l’autre partie et la déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan a–t–il rempli ton cœur, au point de mentir à l’Esprit Saint et de retenir une partie du prix du champ ?  Lorsque tu l’avais, ne demeurait–il pas à toi ? Et, après la vente le prix n’était–il pas à ta disposition ? Comment as–tu mis en ton cœur une pareille action ? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.  Ananias entendit ces paroles, tomba et expira. Une grande crainte saisit tous les auditeurs. Les jeunes gens se levèrent, l’enveloppèrent, l’emportèrent et l’ensevelirent.  Environ trois heures plus tard, sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé.  Pierre lui adressa la parole : Dis–moi, est–ce à tel prix que vous avez vendu le champ ? Oui, répondit–elle, c’est à ce prix–là.   Alors Pierre lui dit : Comment vous êtes–vous accordés pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voici : ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte ; ils t’emporteront.  A l’instant, elle tomba à ses pieds et expira. Les jeunes gens, à leur entrée, la trouvèrent morte ; ils l’emportèrent et l’ensevelirent auprès de son mari.   Une grande crainte saisit toute l’Église et tous ceux qui apprirent ces choses.

Introduction

Le livre des Actes des Apôtres  relatent un certain nombre événements arrivés à un moment particulier, dans un contexte particulier, celui de la naissance de l’Eglise et de l’euphorie qui l’a accompagnée. Quand je parle d’euphorie, je parle aussi de violence, d’emprisonnement, de persécutions terribles, de rejet, de pauvreté extrême. Les 12 premiers chapitres dans lesquels nous voyons beaucoup Pierre à l’œuvre recoupent finalement une période assez courte. Il n’y a pas un véritable souci de chronologie. L’objectif de Luc qui n’a pas forcément vécus tous les événements qu’il raconte,  consiste à poser un cadre assez exceptionnel sur lequel, le mouvement missionnaire de Paul, auquel, cette fois-ci, il va participer va pouvoir s’appuyer et se développer. De la même manière qu’Israël va sortir d’Egypte et se constituer en peuple au travers d’événements extraordinaires, de miracles fantastiques, mais aussi de moments extrêmement dramatiques, l’Eglise va sortir du peuple juif, se constituer en une communauté vivante au travers d’événements parfois surprenant. Le point d’orgue de cette naissance, si l’on peut dire, va être le synode de Jérusalem qui marquera de manière décisive la rupture avec l’ancienne alliance et la séparation du rite religieux façonné par Moïse. C’est le tournant radical du chapitre 15.

Il ne s’agit donc pas de vouloir reproduire les évènements du livre des Actes, pas plus qu’il faut en tirer des lignes dogmatiques, doctrinales. Là n’est pas le but de ce livre.

  1. Ananias et Saphira

2.1. Étrange constat.

Cela s’applique bien à ce récit de la mort d’Ananias et de Saphira. Ce texte est plutôt embarrassant. Je doute que vous n’ayez entendu beaucoup de prédication sur le sujet ; à moins d’avoir un pasteur moraliste qui veut vous faire peur si vous désobéissez à Dieu ou si vous ne donnez pas assez à l’offrande en disant : « regarde ce qui s’est passé avec Ananias et Saphira ; fais attention, cela pourrait aussi t’arriver ». Sauf que chacun est concerné et que du coup surgit une question capitale : « quel est ce Dieu qui fait mourir le pêcheur ». Et toi Pierre qui as renié Jésus, pourquoi n’es-tu pas mort ? Plus tard, même tu feras toi-même  l’hypocrite, Paul te le reprochera (Galates 2 v.11) Comment peux-tu souhaiter et faire mourir Saphira qui ment, certes, mais pas plus que  toi ? Car, le fond de l’histoire, c’est juste un petit mensonge. Et le Dieu en qui je crois, ne correspond pas à cette image à première vue d’un Dieu injuste qui ôte la vie à l’un et pas à l’autre. Il ne peut vouloir la mort de sa créature. N’a-t-il pas fait lui même le sacrifice, afin que plus aucune être humain ne soit sacrifié?

2.2. Le contexte

Je parlais tout à l’heure d’euphorie. En voilà un exemple. La communauté se développe, beaucoup de ses  membres sont pauvres, alors les plus riches vendent leur terrain et donnent cela pour les pauvres. On cite l’exemple de Barnabas. Euphorie, car quelques temps plus tard,  il faudra que les chrétiens de Turquie et de Grèce se cotisent pour aider ceux de Jérusalem qui manquait de moyen face à une période de crise alimentaire. Il était donc de bon ton de vendre son bien et de le donner.

C’est ce que vont faire Ananias et Saphira. Mais eux, ils ne veulent pas tout donner, ce qui est parfaitement leur droit ; d’ailleurs Pierre le rappellera. Ils ne veulent donc pas tout donner, mais faire croire aux autres qu’ils ont tout donné.  Ça fait mieux

2.3. Les faits

Le constat du mensonge n’est certainement pas à mettre en cause. L’accusation d’avoir menti à Dieu et à l’Esprit peut très bien se comprendre.

Ananias dont le nom signifie : « l’Eternel a été miséricordieux » ; ne trouve pas miséricorde, si nous pensons que c’est Dieu qui l’a frappé. Pierre a sans doute été surpris de voir Ananias s’effondrer raide mort. Quel a été le ton de l’accusation, la pression effectuée pour que, démasqué, Ananias s’effondre d’une crise cardiaque ? Nous ne le savons pas. Pierre a sans doute été dépassé par les événements.

Le problème, c’est que Pierre a vite compris l’avantage qu’il pouvait tirer de ces circonstances. En tout cas c’est ce que le récit, un peu invraisemblable tente de montrer.

On enterre Ananias, sans en parler à sa femme… ; Vous trouvez cela normal ? Elle ne sait rien ; son mari est mort, enterré et la première chose que Pierre fait, ce n’est pas de la soutenir, ni de lui présenter ses condoléances ; mais bien plutôt de la convoquer au tribunal, son tribunal à lui afin de provoquer un tel choc que quoiqu’il arrive, tout cela restera gravé dans les esprits.

A son tour, le choc opère. Une parole sans mesure, sans amour. Une parole qui tue : «  ceux qui ont emmené ton mari vont maintenant te prendre ». Cela veut dire que moi j’estime que tu as pêché de manière si grave, que je veux que tu meures. Dieu ne le lui avait pas demandé ; Dieu n’a jamais voulu que l’on tue en son nom que cela soit par une arme, ou par une parole.

Pour moi Pierre a fait véritablement une erreur. Une crise d’autorité.

Il a oublié le chemin par lequel il est lui-même passé. Il a oublié qu’il a bénéficié à de multiples occasions de la grâce, du pardon de Celui qu’il avait profondément offensé ; Il a oublié que l’Eternel avait été miséricordieux. Il a oublié « Ananias »

Alors oui, les gens sont tombés dans la crainte. Oui mais quelle crainte ? Celle d’un Dieu qui tue si tu ne marches pas droit ? Celle d’un Dieu qui dit pourtant qu’il t’ a tant aimé ? Celle d’un Dieu qui dit justement que l’amour parfait bannit la crainte ?

On est là dans une construction humaine qui utilise la peur pour faire adhérer les êtres humains à un Dieu juge. Cette construction intellectuelle et religieuse, nous la voyons plus que jamais avec le terrorisme. Elle a été présente, hélas dans l’Eglise, peut-être même que vous en avez été victime.

Alors je ne sais pas pourquoi Luc a choisi de rapporter cette histoire particulière. Peut-être bien que c’est en raison de l’impact qu’elle a eue sur les gens. Peut-être que c’est parce qu’il a pensé qu’il convenait ainsi de montrer la sainteté de Dieu.

Oui, on ne se moque pas de Dieu ; on ne trompe pas les gens avec lesquels on veut vire en communauté. Mais ce n’est pas Dieu qui voulut la mort d’Ananias et Saphira.

Cela me montre les dérives ecclésiastiques dans lesquelles nous pouvons tomber quand le jugement prend le dessus sur la bienveillance et le pardon. Pierre a joué avec cela. Nos paroles peuvent tuer.

Dieu n’a jamais demandé à qui que ce soit d’exclure, de tuer qui QUI QUE CE SOIT, ni par une arme, ni par une parole.

Pierre, le pouvoir des clés

Pierre, les clés du royaume ou comment ouvrir le Royaume de Dieu à l’Eglise

Ouvrir, ce n’est pas inviter les gens à nous rejoindre, mais c’est nous pousser à sortir pour irriguer le Royaume de la grâce de Dieu

 Mathieu 16 v. 15: Mais vous, leur dit–il, qui dites–vous que je suis ? 16  Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. 17  Jésus reprit la parole et lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux.18  Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle. 19  Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.

Après la pierre sur laquelle, Jésus va construire son Eglise, voilà maintenant les clefs qui ouvrent le Royaume de Dieu. Et c’est à Pierre qu’elles sont confiées

«   Écris à l’ange de l’Église de Philadelphie : Voici ce que dit le Saint, le Véritable, Celui qui a la clé de David, Celui qui ouvre et personne ne fermera, Celui qui ferme et personne n’ouvrira :

1. Esaïe et Apocalypse

 « Les clefs du royaume des cieux ». Allusion presque certaine à Esa 22:22. Dans ce texte, la charge et l’autorité de l’intendant sont transmises à Eliakim. « Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David ; quand il ouvrira, nul ne fermera, quand il fermera, nul n’ouvrira ». Cette phrase est directement appliquée à Jésus dans Apo 3: 8  Je connais tes œuvres. Voici : j’ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer, parce que tu as peu de puissance, que tu as gardé ma parole et que tu n’as pas renié mon nom

 C’est Jésus qui ouvre et qui ferme ; Bizarrement, il confie  l’ouverture du Royaume de  Dieu à Pierre

 Il convient de noter tout d’abord que  ce ne sont pas les clés de l’Eglise qui sont confiées à Pierre, mais celle du Royaume des Cieux ou du Royaume de Dieu. Le Royaume de  Dieu, c’est sur quoi Dieu règne. Pour moi, Il règne sur tout, même si les humains ne le reconnaissent pas. Le rôle de la maison de David, puis de l’Eglise c’est de faire faire prendre conscience au Monde qui est le Royaume de Dieu, qu’il est aimé par Dieu et que mettre Dieu au centre des activités et relations humaines, c’est à coup sûr revenir au plan initial de Dieu, dans un monde de justice, d’équité et de solidarité.

Pour moi, ouvrir le Royaume des Cieux, c’est ouvrir le Monde à la Parole du salut, c’est ouvrir le Monde aux bouleversements créés par l’œuvre de Dieu en Jésus-Christ. C’est annoncer le pardon, c’est annoncer la grâce, c’est annoncer le retour au sens de l’existence.

La maison de David ou l’Eglise n’ont jamais constitué une fin en elles-mêmes. Elles n’existent que pour ouvrir le chemin  à celui qui veut régner : le Dieu Créateur. Le royaume de Dieu, en effet, est plus étendu que l’Église ; il embrasse des sphères de la vie humaine qui n’appartiennent pas nécessairement à l’Église, comme l’État, la famille, la culture de l’esprit humain par la civilisation, les sciences, les arts. Les paraboles du Royaume de Mathieu, en particulier celle du filet et du champ qui voit pousser simultanément l’ivraie et le bon grain, montre bien que le la tâche des disciples est d’ouvrir le Royaume à l’action de l’Esprit, de faire en sorte que l’Eglise pénètre le Royaume de Dieu et en devienne véritablement le sel et la lumière.

 Deux conclusions :

La mission que Dieu confie à l’Eglise c’est d’être le signe, dans le Monde, de la grâce de Dieu, de la réconciliation, c’est d’être lumière du monde ; non pas en excluant les gens de son sein, parce qu’ils ne seraient pas assez saints, mais en étant signe, (c’est le mot) de l’amour et de la justice de Dieu par une Parole qui change tout : justement celle que Pierre a prononcée sous le pouvoir de l’Esprit : «  tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »

Ouvrir des portes, c’est inviter, c’est proposer, c’est encourager. Fermer des portes, c’est dire non à l’injustice, c’est dire non à des solutions économiques qui brisent les êtres ; c’est dire non au Satan qui te promet tout, à condition que tu le serves.

Deuxièmement, Jésus va confier cette responsabilité d’ouvrir ou fermer les portes, non pas seulement à Pierre, mais aussi aux autres apôtres, et à tous les croyants, comme nous l’indiquent différents passages de l’Evangile, notamment ceux de Mathieu 18 v.18 :

18  En vérité je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. 19  En vérité je vous dis encore que si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander quoi que ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les cieux. 20  Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. Quel pouvoir, mais quelle responsabilité aussi !

Mais une chose est claire pour moi : c’est la Parole qui ouvre ou qui ferme ; c’est la parole du Christ, car lui seul possède, in fine, le pouvoir de donner la vie ou la mort : «  Apocalypse 1v.18: Moi je suis le premier et le dernier, le vivant. J’étais mort, et me voici vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clés de la mort et du séjour des morts. »

Paul dira : « Vous donc frères, sachez–le bien : par lui le pardon des péchés vous est annoncé,39  et en lui quiconque croit est justifié de tout ce dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse. »

Et si le pouvoir des Clés, n’était ni plus ni moins que le pouvoir du St-Esprit agissant et parlant au travers de  celui qui le laisse agir. Je le crois. Ce pouvoir il s’exerce à la fois à l’intérieur de la communauté, dans le là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom que face à l’empereur pour les premiers chrétiens ou face à notre société. Mais jamais pour exclure. Toujours l’Esprit conduit à Dieu, au pardon possible, à l’humilité ; jamais à la domination.

2. Retour aux livres des Actes des Apôtres

A quoi Jésus-faisait-il allusion quand il dit à Pierre : «  je te donnerai les Clés.. » A un évènement qui allait venir : la Pentecôte. Le St-Esprit descend sur chacun des disciples et d’autres juifs, cent vingt peut-être, sous la forme d’une langue de feu, symbole de la parole puissante donnée à chacun par l’action de l’Esprit ; tellement puissante que cela produit un immense brouhaha. A la Pentecôte, l’Esprit descend, Pierre n’y est pour rien. C’est lui cependant qui donnera l’explication, la Parole qui reconnaît et explique l’action de Dieu. Cette Parole, elle ouvre ou elle ferme la porte, parce qu’elle est prononcée par l’Esprit ;

Ce ne sont pas les juifs qui entrent dans l’Eglise, mais l’Esprit qui va à la rencontre des juifs prosélytes. C’est ce qui se passe à Samarie également. Ce n’est pas l’Eglise qui s’ouvre aux Samaritains, C’est l’Esprit qui sort à la rencontre des Samaritains.

Avec Corneille qui reçoit l’Esprit, il ne s’agit pas de comprendre que Corneille et les païens qu’il représente entrent dans l’Eglise. C’est le St-Esprit qui entre un peu plus dans le Royaume de Dieu.

Et chaque fois Pierre a été dans le coup. Il a su aussi fermer la porte, par une Parole dure qui  ferme la porte à la corruption, à celui qui veut utiliser Dieu, se mettre lui, à la place de Dieu.

On n’achète pas Dieu, on n’achète pas la grâce, on n’achète pas la bénédiction. Non : la porte est fermée.

Dire la parole qui ouvre l’être humain et la société à la grâce de Dieu, dire la Parole qui dit que Christ a porté sur lui le jugement de chacun.

Dire la Parole qui ferme la société ou l’être humain à des orientations, des actions qui exploitent l’être humain et le réduit à l’esclavage. Souvent nous refusons « de dire » par peur ou par intérêt.

Bien sûr il y a un impact politique dans cette parole dite ou tue. C’est la question de la justice, de l’humain, de la gouvernance. Cette parole s’inscrit dans le plan de Dieu qui nous invite à le reconnaître dans le regard de l’autre.

 Pierre dira : édifiez la maison spirituelle. Edifiez le royaume. Frères et Sœurs, je voulais juste vous dire que nous avions une parole à dire. Nous avons une maison à construire. Le Seigneur, nous a donné les clés. Ce sont  celles de son Esprit

Et si quelqu’un pense qu’il ou elle n’a pas l’Esprit, il se trompe, car c’est Dieu qui le donne et c’est par Lui que nous sommes ses enfants.

Tu es Pierre avec Michel Sardou

http://www.dailymotion.com/video/x57yfm_tu-es-pierre_music

(clic droit: ouverture du lien dans une fenêtre séparée)

Cette histoire aurait pu se passer Sur les bords du lac de Tibériade, dans les années 30 de l’ère chrétienne.
C’était au printemps le grand jour de l’ouverture. Pierre surveillait son bouchon. Pas le moindre espoir de la plus maigre friture, pas plus d’ablette que de goujon.
Quand il aperçut, aux alentours de midi, Un genre de prophète, un Messie, Qui lui dit qui lui dit qui lui dit oh :
Tu es Pierre. C’est sur toi que je bâtirai la terre. Tu dois sauver tes frères. Tu es Pierre. Salue ton père et va faire ta valise. Sur toi je rebâtirai mon église.
Moi j’aime mon boulot, ma famille et mes copains. Je n’peux pas m’en aller comme ça. J’aurais l’air de quoi, de partir sur les chemins Pour chanter des alléluia ?
« Fais ce qu’on te dit », lui répondit le Messie, « Et n’oublie pas qu’au Paradis
C’est écrit c’est écrit c’est écrit oh : » Tu es Pierre c’est sur toi que je bâtirai la  terre, Tu dois sauver tes frères Tu es Pierre Salue ton père et va faire ta valise
Sur toi je rebâtirai mon église
Tu es Pierre. C’est sur toi que je bâtirai la terre. Tu dois sauver tes frères.

  1. Autre texte:

1 Pierre 2 v. 4 ¶  Approchez–vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu, 5  et vous–mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez–vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d’offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus–Christ ;

  1. Cette chanson de Michel Sardou est loin d’être hérétique. Elle met en évidence l’appel  adressé à Pierre : Je te ferai pêcheur d’homme et le commentaire qui suit dans l’Evangile de Luc indique: « Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent. ». Oui Pierre avait bien reçu cette mission de pêcher des hommes, pour mettre en place le Royaume de Dieu, semblable à un filet….)Sur toi je bâtirai l’Eglise, sur toi je bâtirai la terre ajoute Sardou (Pierre Delanoé)

Point intéressant, présent également dans la chanson, c’est que dans le contexte des deux appels voire des trois dont nous avons parlé, Jésus prononce à chaque fois, comme pour marquer le cadre de la fonction : «  toi suis-moi », presque « tais-toi maintenant et suis moi ». Fais ce qu’on te dit. Il y a un temps de rupture, de décision, d’engagement. Il y a un avant et un après.

Dans Mathieu :16v.24 ¶  Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui–même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive

Dans Luc 5:« Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent. ».

Dans Jean 21:   Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis–moi. (v19) Et une deuxième fois (v21) alors que Pierre lui pose des questions : Toi, suis–moi.

Il me semble important de bien remettre en évidence ces éléments. C’est Christ qui est la tête, c’est lui qui est présent sur le chemin, devant ; c’est lui qui ouvre la marche. Cela est vrai pour Pierre et pour chacun de nous. Aujourd’hui encore, Jésus te dit : toi suis-moi. Marche dans mes pas ; mon Esprit te conduit

2. Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise

 Pierre va donc jouer un rôle important dans la mise en route de l’Eglise. C’est lui qui d’une certaine manière va ouvrir les portes du royaume aux Juifs, aux Samaritains et aux païens.

Etait-il appelé, pour autant, à devenir le chef de l’Eglise à la manière d’un empereur et l’Eglise avait-elle besoin de devenir une super structure, hyper hiérarchisée, alors que Jésus a bien dit que : «  là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » ? En formulant ainsi la question, bien évidemment vous avez la réponse. C’est une question importante qui est à l’origine de beaucoup de séparations au sein de l’Eglise universelle, en particulier à l’origine des schismes avec l’Eglise d’Orient et avec le Protestantisme. Pierre n’a jamais été un pape, ni un souverain Pontife et Jésus n’a jamais voulu que son Eglise soit aussi un état, comme l’est le Vatican, puisqu’il disait à Pilate qui lui posait la question «  mon royaume n’est pas de ce monde ». Bon, il ne sert à rien de se focaliser sur ce point, d’autant plus que le pape actuel, par son comportement exceptionnel, semble bien dire la même chose.

Il me semble, cependant,  important de m’arrêter quelques instants sur cette parole de  Jésus, car elle pleine d’enseignement sur la nature humaine, sur notre propre nature

 7  Jésus reprit la parole et lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux.

18  Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle.

19  Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.

On dirait aujourd’hui que Pierre était un des cadres de l’équipe de Jésus. Et là, il est le premier à dire, ouvertement que Jésus est le Messie. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

La réponse  de Jésus est toute de finesse et de symbole et vaut pour tous les croyants.

1. Pierre est dirigé à la fois par la chair et le sang et il peut faire des erreurs magistrales et en même temps il peut être dirigé par l’Esprit de Dieu et accomplir une mission éternelle. Il est à la fois le Petros, le Roc solide soutenu par l’Esprit de celui qui est l’éternel rocher et il est en même temps la pierre banale, le caillou vulgaire, pas toujours suffisamment dégrossi et dont on peut, parfois douter de l’utilité. Et pourtant c’est sur cette pierre, composée de chair et de sang que Jésus va son construire son Eglise.

Ce texte nous rejoint, car Pierre va l’appliquer pour chacun de nous en disant : « Approchez–vous de lui, pierre vivante » La pierre vivante c’est Jésus, c’est elle qui constitue la pierre angulaire, la pierre de base, la première pierre 5  et vous–mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez–vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d’offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus–Christ

Pierre a reçu une mission, nous recevons une mission. Nous ne sommes pas appelés à demeurer seulement des consommateurs de religion. Nous sommes appelés à construire une maison qui serve à la louange de Dieu sur la terre. Cette maison c’est d’bord notre propre vie. Paul dira : » vous êtes le temple du St-Esprit. Votre vie doit être une louange  à Dieu. Cela nous interroge déjà

Et puis ensemble nous construisons un espace de louanges, de liberté, de justice, dans lequel  les êtres humains, créatures de Dieu trouvent leur épanouissement. Nous n’avons pas le choix. Sardou ne se trompe pas quand  il dit «Pierre,  tu sauveras la terre ». Cette pierre a bouleversé l’Empire Romain. Et aujourd’hui nous avons la possibilité de changer les choses par l’Esprit de Dieu qui agit en nous. La France est en train de crever de sa perte de vision. Le Monde est en train de mourir en laissant d’un côté ceux qui se prennent pour le dieu tout puissant de la finance écraser les plus faibles et de l’autre  ceux qui se prennent pour le dieu juge et sanguinaire et qui violent, tuent, massacrent en se servant au passage. N’aurions-nous rien à dire. N’y a-t-il pas la place pour un monde de justice, de respect solidaire, d’acceptation de l’autre dans sa différence, un monde qui construit au lieu de détruire. « Tu es pierre, sur toi je bâtirai la terre ». Dans la morosité ambiante, frères et sœurs ,nous avons quelque chose à dire, nous avons quelque chose à faire ici et maintenant.

C’est contre cette construction spirituelle que la mort ne pourra rien faire. Car justement et par définition elle est porteuse de Vie, de la Vie de celui qui la donne pour l’éternité.

Sommes-nous des pierres vivantes ? Vous êtes le temple de l’Esprit et  Jésus ajoute que les portes de la mort ne pourront rien faire contre ce temple. C’est la vie éternelle.

 2. La réponse de Jésus à Pierre contient d’autres éléments que j’aborderais ultérieurement. Pour le moment je termine  par cet appel : «  toi suis-moi »

 

Pierre libéré de sa culpabilité (Jean 21)

GUERISON DE LA CULPABILITE
Quand Jésus fait de la psychanalyse
 Jean 21 v 1-21

1. Un mal être

1.1.  L’environnement :

Jésus est ressuscité, mais n’est plus constamment présent avec ses disciples. Il n’apparaît plus que ponctuellement. L’exaltation de la chambre haute ne se reproduit pas à la demande. Les disciples doivent apprendre le chemin de la vie par la foi, c’est-à-dire la mise en place pour leur vie de tous les jours d’une relation à Dieu, d’une relation aux autres et à  soi-même, basées non plus sur une vision constante du Christ, mais dans la mise en perspective de la parole donnée par Jésus qui oriente  toute l’existence.

La résurrection n’est donc pas un événement par lequel Jésus force ses disciples à croire en lui. Certes elle est là comme pierre fondatrice de leur vie et de leur espérance, mais Jésus renvoie ses disciples aux réalités de la vie, il les renvoie aux réalités de ce qu’ils vivent dans leur être tout entier et c’est là que les choses difficiles à vivre resurgissent.

Exemple des croyants qui vivent de manifestations en manifestations. De temps forts en temps forts au plan émotionnel et sentimental, mais qui sont incapables entre temps de vivre de manière équilibrée et adulte. On suit les modes….

1.2.  La réaction de Pierre

Pour Pierre, cela ne marche plus. Dans les quelques jours qui ont suivi la résurrection de Jésus, tout allait bien. Jésus est présent physiquement, il vit des temps forts. La joie, la confiance sont bien présente, notamment dans la chambre haute ; mais en ce qui le concerne, rien n’est réglé en profondeur. Il traîne un boulet de culpabilité et « des bandelettes » de mal être qui ressurgissent et se resserrent, dès le moment où il se retrouve seul avec les autres disciples et avec lui-même, sans Celui qui prend toute la place quand il est là.

C’est pour cela qu’à un moment il craque complètement. « Je vais à la pêche ». Cette phrase pourrait paraître anodine et trouver bien des explications rationnelles. Ne fallait-il pas trouver un peu de nourriture ? Ne fallait-il pas s’occuper ou prendre quelque loisir ? En réalité, pour Pierre, cela signifiait renvoyer par-dessus bord tout ce qu’il venait de vivre dans les trois dernières années. Jésus ne lui avait-il pas dit «  tu seras désormais pêcheur d’hommes » ?

Je vais à la pêche, ce cri résonne  comme un «  tchao » j’en ai marre ! Et comme il a toujours été celui qui était devant, malgré les dernières circonstances, les autres disciples le suivent.

2. L’origine de la culpabilité de Pierre

Pourquoi Pierre était-il dans cette situation spirituelle et psychologique d’extrême faiblesse ? Parce qu’il traîne avec lui un boulet de culpabilité dont il ne sait pas comment se débarrasser. Et la seule manière qu’il a trouvée, c’est la fuite.

Lui, le fort soi-disant : « si tous ceux là t’abandonnent, moi jamais »

Lui qui savait mieux que tous les autres, lui qui pouvait dire même à Jésus ce qui allait se passer : «  Non Jésus, cela ne t’arrivera pas »

Lui qui après s’être disputé pour savoir qui était le plus grand des disciples était capable de dire à Jésus sincèrement : «  lave-moi non seulement les pieds, mais moi tout entier »

Lui qui pensait pouvoir prier avec Jésus et qui s’était endormi

Lui qui était capable de prendre l’épée pour défendre Jésus et de couper l’oreille d’un serviteur du Souverain Sacrificateur. Lui qui voulait toujours être un peu le chef est tombé lamentablement. Il  a trahi, il est tombé par rapport aux autres, il est tombé surtout par rapport à lui-même. Ce n’est pas pour rien que l’Evangile dit : il pleura amèrement, il fondit en larme » C’est la même expression que la parole de Jésus dans le sermon sur la montagne «  heureux ceux qui pleurent », c’est la même expression que celle employée par Paul quand il parle de tristesse selon Dieu qui produit la vie. Mais pour qu’elle produise la vie, il faut qu’elle soit dite à Dieu. Or dans cette période, Pierre ne peut pas parler à Dieu ; à ce moment sait-il encore qui est Dieu ? Jésus ? Mais c’est justement lui qui a été trahi ; seulement il est là et puis il est plus là. En attendant, Pierre est mal vis-à-vis du Christ, beaucoup vis-à-vis de ses collègues et surtout profondément vis-à-vis de lui-même.

Pierre avait un caractère particulier. Il  avait connu, sans doute, des difficultés dans sa vie qui le poussaient, par réaction à toujours vouloir être le chef, à être toujours le premier à réagir, à vouloir être le plus aimé, le plus reconnu, même s’il faut un peu manipuler pour cela. Ces traits  de caractère resteront constamment présents. A peine délivré, Pierre dira à Jésus « qu’est-ce qui arrivera à Jean » et à Antioche, Paul se disputera avec Pierre au sujet d’un comportement douteux et manipulateur.

Il arrive que nous aussi, nous traînions un gros paquet de bandelettes (allusion à la résurrection de Lazare) qui nous tiennent paralysés et incapables de marcher sereinement. Parfois à un tel point que ce besoin de retourner à la pêche et de tout abandonner, nous saisit également.

Étouffés par notre éducation, nous avons eu besoin de prendre des distances, aujourd’hui nous avons le sentiment d’avoir trahi.

Lié par des paroles audacieuses en matière d’engagement spirituel : « vous verrez Dieu fera ceci ou cela, Dieu m’a montré ». Et en réalité Dieu a montré que je ne savais rien !

Lié par le sentiment profond de déception parce que je pensais sincèrement que Dieu changerait ma vie dans tel ou tel domaine et puis cela continue.

Paralysé par le « je voudrai tellement » et la réalité. Qui me délivrera de ce combat sans fin ?

Paul  exprime cela dans l’épître aux Romains. Il termine en disant : « grâce soit rendue à Jésus-Christ !

3.Le processus de guérison

Parce que c’est bien lui qui prend l’initiative de la délivrance, Jésus va mettre en place des événements extraordinaires juste pour permettre la guérison et la libération de Pierre. Une fois de plus c’est Jésus qui rejoint ses disciples sur la plage.

Pris par leur sentiment de déception, de lassitude d’autant plus qu’ils n’ont rien pêché, les disciples ne reconnaissent pas Jésus ; comme nous, si souvent refermés sur nos difficultés et rongés par notre sentiment de culpabilité et de déception, nous ne pensons pas un instant que Christ puisse être là, à côté et qu’il nous touche le bras en nous disant «  Hé ! »

Le processus de guérison est marqué du côté de Jésus par :

–          une pêche miraculeuse

–          un feu

–          des poissons qui cuisent

–          du pain

–          un triple questionnement à Pierre

–          un envoi

du côté de Pierre par :

–          une confession de son amour pour Jésus, resitué dans la réalité de son vécu

–          acceptation de la mission que Jésus lui confie

3.1. La pêche miraculeuse

–          quand est-ce que Pierre a reçu l’appel de Jésus ? On dirait quand aujourd’hui quand est-ce qu’il s’est converti ou qu’il est né de nouveau ?

Lors de la première pêche miraculeuse. Jésus ramène Pierre au début, au moment de son appel, au moment où s’écroulant au fond du bateau, Pierre avait confessé la sainteté et la grandeur du Christ. Jésus le ramène au moment où il lui avait adressé son appel, comme pour lui dire : tu ne vas pas tout abandonner et retourner à ce que tu étais avant. « Maintenant, tu seras pêcheur d’hommes » Ce qui a été vécu lors de notre conversion, lors de notre rencontre avec Dieu est écrit de manière indélébile dans le royaume et constitue la base même de notre vocation. C’est le cas pour Pierre. Cette seconde pêche miraculeuse est là pour le lui rappeler. Les 153 gros poissons n’ont pas d’autres signification que de rappeler que la providence du Seigneur est toujours là. Qu’il donne toujours en abondance

 3.2. Le pain et les poissons

–          ramène Pierre à un autre événement fondamental et qui va marquer les disciples très profondément : c’est la multiplication des pains et l’enseignement qui est associé à cet événement. Les Evangiles en parle beaucoup et en particulier Jean. Le pain de vie, la manne céleste : «  celui qui mangera du pain que je lui donnerai n’aura plus jamais faim. Jésus rappelle ce qui pour Pierre, à un moment donné est devenu une évidence. Jésus était bien la vie, le pain celui qui était envoyé par Dieu.

–          Jésus rappelle d’abord à Pierre, non pas ce qu’il est lui, Pierre, mais ce que Dieu a fait pour lui, lui rappelle en quelque sorte son amour pour lui : «  Je t’ai aimé, je t’ai appelé, je savais qui tu étais, je connaissais tes défauts, je t’aime tel que tu es, tu n’as pas besoin de faire du cinéma et à toujours vouloir forcer les choses »

Voilà le premier pas du travail  de Jésus qui va conduire Pierre vers la libération.  Pour nous, il en est de même. Dieu nous dit : «  rappelle-toi ce que tu as vécu avec moi. Je t’aime tel que tu es et pleinement. Je te connais par ton nom, tu es à moi ; ne crains rien et ne cherche pas à vouloir te prouver artificiellement que tu es engagé, que tu es aimé. Je t’aime tel que tu es, tellement que je suis mort pour toi sur la croix »

Cette première étape va préparer le terrain du cœur de Pierre à vivre la seconde qui est bien difficile

3.3. Le triple questionnement de Pierre par Jésus

Alors que Pierre souhaitait visiblement renouer le contact avec Jésus de manière intime, sans les autres, Jésus va opérer la libération et la réhabilitation de Pierre de manière publique. C’était nécessaire pour lui. Peut-être que Jésus n’aurait pas procéder de cette manière avec un autre disciple. Mais Pierre devait être guéri de ce lien de domination, de besoin de paraître vis-à-vis des autres, ce lien qui l’avait conduit au désespoir et à la culpabilité profonde, Pierre devait être guéri de ce lien là même où il s’exerce le plus et là où il fait souffrir : c’est-à-dire  avec les autres.

Se tournant alors vers Simon Pierre, Jésus lui demande à trois reprises « Simon , fils de Jonas, m’aimes-tu »

Trois choses importantes :

–          trois fois : reniement, mais aussi la parole de Jésus : avant que le coq chant trois fois tu m’auras renié

–          Simon, fils de Jonas : Jésus rappelle à Pierre sa nature humaine. C’est elle qui a besoin d’être guérie, c’est elle qui est toujours retenue par les bandelettes de la mort, c’est elle qui le tient encore éloigné de Jésus et des autres

–          M’aimes-tu. Je ne veux rien d’autre de ta part que de l’amour. Jésus ne demande pas à ce moment là : que fais-tu pour moi, mais m’aimes-tu ?; Ce m’aimes-tu qui fait écho à l’amour plein de Jésus pour Pierre

Du côté de Pierre :

–          l’abandon de toute excuse, de toute explication, de toute références aux autres

–          tu sais toutes choses

–          je t’aime

–          il fut attristé

Pierre est guéri. Il est réhabilité. Plus même, Jésus lui confie des responsabilités d’anciens. D’ailleurs,il dira plus tard dans son épître : «  Moi ancien, parmi les autres, je vous exhorte » Il est guéri de son lien de domination, ce qui ne lui empêche pas d’exercer un ministère d’autorité dans l’Eglise, mais basé sur le «  tu sais toute chose, tu sais que je  t’aime »

Tout n’est pas dit, et puis c’est Jésus qui opère. Nous sommes là dans le domaine de la confession, de la libération telle qu’elle peut être vécu

Ce ministère de libération est confié à l’Eglise.

Babel-Sinaï-Pentecôte. Dieu descend

Mettre ensemble un récit particulier comme celui de la Tour de Babel avec un récit fondateur de l’Eglise a de quoi surprendre.

Les 11 premiers chapitres de la Genèse nous parlent de l’origine de l’homme et tentent d’indiquer comment on en est arrivé là ; c’est-à-dire comment, la violence, le désordre, l’injustice entre les hommes ont remplacé petit à petit l’harmonie qui a semblé régner quelques temps dans le jardin d’Eden.
Ce texte s’inscrit dans la description de la descendance de Sem, lui-même descendant de Noé et au-delà descendant d’Adam. Il apparaît comme une sorte de parabole comme pour éclairer un fait, celui qui démontre que les hommes n’arrivent pas à s’entendre, n’arrivent pas à communiquer et que cela dépasse la question du seul langage humain. En effet tout au long des passages qui précèdent, il est dit que chaque clan, avait sa propre langue. Chacun est nommé. Chacun  a son identité de personne humaine. La question n’est pas celle du langage humain et de la diversité.  Le problème, en réalité, est ailleurs ; il est plus profond que cela.

Il y a eu Adam et la rupture avec Dieu manifestée par un choix délibéré de l’homme celui du besoin d’autonomie, de non dépendance de Dieu et  symboliquement marqué par la perte d’accès à l’Eden. Il y a eu Noé et son arche, marquant une nouvelle fois la rupture entre Dieu et l’humanité et maintenant il y a la tour de Babel pour signifier que rien n’a changé et qu’il faudra  que Dieu fasse appel à un autre homme, Abraham, justement un descendant de Sem pour qu’une alliance, celle de la foi puisse permettre à l’être humain de trouver Dieu de retrouver Dieu. C’est en effet sur cette citation : « Ce sont les fils de Sem, selon leurs clans, selon leurs langues, dans leurs pays et selon leurs nations » que se termine le chapitre 10. L’histoire de la tour de Babel vient nous dire autre chose au sujet de l’utilisation du langage, de la communication mise au service de la pensée unique, en dehors du mode relationnel que Dieu a voulu en créant l’être humain.  Elle nous parle d’une utilisation perverse  du vivre  ensemble qui correspond une fois de plus à une rupture de l’alliance entre les hommes et Dieu. La tour de Babel, c’est la répétition de l’histoire du jardin d’Eden.

Que raconte notre texte :

Nous voyons des hommes qui représentent l’humanité qui se mettent d’accord pour avoir un projet commun. C’est en cela qu’ils  parlent une même langue et cette langue dit quoi : construisons-nous une ville, faisons-nous un nom, construisons-nous une tour qui touche au ciel ce sera Baab El. Ce qui signifie la porte du ciel, la porte du dieu.

Qu’est-ce que cela signifie ? Nous sommes bien entendu, en plein dans le récit purement symbolique, mais le symbole est fort, éclairant.

-construire une ville : c’est se mettre ensemble pour résister  aux dangers. C’est se mettre ensemble pour développer nos affaires et notre culture. On faisait des villes avec des murailles et des portes qui étaient fermées le soir pour empêcher les bêtes sauvages et les brigands de rentrer. Ensemble on est plus fort

– se faire un nom : c’est exister, c’est se faire une identité. Quel est ton nom ? Celui qui n’a pas de nom, n’est rien. D’ailleurs une des promesses de l’apocalypse  dit : je te donnerai un nom nouveau ; j’écrirai ton nom dans le livre de la vie.

– construire une tour pour monter au ciel, faire un gratte-ciel, c’est vouloir se donner les moyens de trouver Dieu, de rencontrer Dieu, de devenir dieu et là nous retrouvons cette proposition dramatique faite, dans le jardin par le serpent à l’être humain pour le perdre en réalité : «  vous serez comme dieu, vous serez dieu ». Quand l’homme veut être dieu, il devient une bête, quand l’homme veut être dieu, alors il devient l’exterminateur, quand l’homme devient son propre petit dieu alors il devient le tyran. La créature humaine n’est plus qu’un objet, celui du sacrifice au profit d’un homme ou d’un groupe de personnes humaines.

Il est intéressant de noter  que cette tour est construite  avec des moyens qui ne sont pas les moyens traditionnels, comme c’était le cas à l’époque. L’auteur prend soin de signaler qu’il n’y avait pas de pierre, ni de ciment. On a du employer des briques et du bitume. L’homme connaissait donc déjà le feu et son impact sur la terre pour la durcir ; il avait découvert que le bitume pouvait être un liant très collant et solide.  Symboliquement, cela veut dire que l’homme construit son chemin vers dieu en s’appuyant sur sa science, ses capacités technologiques ; sauf que la science de l’être humain n’est pas là pour lui permettre de devenir dieu, mais pour être au service de l’être humain, être au service de la créature de Dieu. Concevoir un développement, une économie, concevoir une religion qui exclut une partie des créatures de dieu, c’est se mettre en opposition avec le Créateur ; C’est pour cela qu’il dit : «  descendons pour voir ». Si on le laisse agir ainsi il va construire un monde insupportable. Voilà l’image. Dieu n’a jamais eu peur de l’être humain, c’est pour cela que la phrase « aucun dessein ne leur sera impossible » ne concerne pas Dieu en tant que tel, mais l’être humain dans ses fondements et sa mission.

On ne peut jamais monter vers Dieu. Ni par son savoir, ni par sa science, ni par quoi que ce soit.

Alors comment rencontrer Dieu ?

C’est là que les récits de Pentecôte deviennent l’anti Babel.

2. La Pentecôte : don de l’alliance, de la Torah

50 jours après la Pâque et la sortie d’Egypte, le peuple juif, le peuple d’Abraham, se trouve au pied du Mont Sinaï.

Dieu une nouvelle fois va « descendre ». Le texte signale bien que le peuple ne pouvait pas monter vers Dieu. Babel n’est pas possible. C’est Dieu qui va descendre  vers le peuple par sa Parole et par Moïse : « Moïse descendit vers le peuple et lui parla. 1 ¶  Alors Dieu prononça toutes ces paroles en disant :2  Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. »

Cette parole est parole d’alliance. « Je t’ai libéré. Maintenant tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée et tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Cette libération physique et symbolique du peuple d’Israël de l’esclavage du Pharaon et de la nouvelle vie  possible avec Dieu le libérateur symbolisée par le passage de la mer Rouge, puis le don de la Parole qui doit accompagner le croyant tout au long de sa vie , ne sont que préfiguration de la libération du mal et le don de la vie éternelle donnée par la résurrection de Jésus-Christ et la nouvelle descente de Dieu, par son Esprit, pour venir habiter cette fois-ci dans chaque être humain et le conduire jour après jour dans sa présence.

3. La deuxième Pentecôte, Dieu descend par Son Esprit

Il y a à Jérusalem ce jour-là des gens qui viennent de partout et qui parlent des langues différentes. Cinquante jours plus tôt, un évènement central avait eu lieu : celui de la résurrection du Christ, prémices de la résurrection de tout être humain. Du passage de la mort à la vie de chacun pris dans le sens physique, psychologique ou spirituel. Christ avait été le modèle de la présence de Dieu avec les hommes. Il avait indiqué le chemin, la vérité et la vie. Il avait remis en place le pont qui permettait le retour à Dieu.

Et là à Pentecôte, Dieu va plus loin encore dans le processus de l’Alliance initiée avec Abraham, puis avec Moïse, il descend  vers les hommes, non pas cette fois pour les éparpiller et brouiller leur compréhension, mais pour venir habiter en chacun d’eux par son esprit.

Le rapprochement avec l’histoire de la tour de Babel me semble frappant. Sous quelle forme l’Esprit de Dieu descend-il sur les hommes ? Sous la forme de langue de feu. Le feu qui durcit la terre et permet le lien entre les hommes, le feu qui purifie et sous forme de langues.

Et subitement ces gens qui viennent de toutes les régions du monde connu, des gens qui parlent des langues différentes s’écrient : « comment les entendons-nous parler dans nos propres langues ».

Oui, ils parlent une langue compréhensible mais par pour dire n’importe quoi, par pour appeler les hommes à s’élever vers Dieu par leur science ou leur ambition personnelle. Ils parlent le même langage des merveilles de Dieu.

Quelles sont ces merveilles ? L’annonce d’un Dieu qui fait grâce, qui en Jésus-Christ est descendu parmi les hommes et a donné le pardon à chacun.

Pas besoin de construire une tour. Chacun devient temple de Dieu. Chacun bénéficie de la présence de Dieu en lui. Nul ne peut prendre le pouvoir sur l’autre au nom de Dieu.

Cela entraîne des conséquences extraordinaires pour nos relations les uns avec les autres et pour la construction de notre identité.

Ce nom dont nous avons parlé nous est donné par celui qui inscrit sa loi dans nos cœurs. Mon nom, c’est le sien et signifie Christ m’a aimé, ne crains rien. Mon nom, c’est le sien et signifie : Dieu est amour, il t’aime aussi. Ainsi renouvelée, notre relation avec l’autre change. Nous passons de la crainte à la confiance. C’est le don de la grâce. C’est la seule Babel ; la seule porte d’accès à Dieu.

Seigneur donne-moi ton Esprit

Et là nous retrouvons également le sens de la Pentecôte juive, don de la loi, par cette parole de Paul : (2 Corinthiens 3)

« Vous êtes manifestement une lettre de Christ, écrite par notre ministère, non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs.

4  Telle est l’assurance que nous avons par le Christ auprès de Dieu.5  Non que nous soyons par nous–mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous–mêmes, mais notre capacité, vient de Dieu. 6 ¶  Il nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit.

C’est cela Pentecôte, c’est cela notre mission, c’est cela notre vocation.

P. Girardet

 

Jésus recherche Pierre une seconde fois

Jésus rencontre Simon Pierre

  1. Deuxième Partie
  2. Luc 5 v.1- 11
  3.  ¶  Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu, et qu’il se trouvait auprès du lac de Génésareth,
  4. 2  il vit au bord du lac deux petites barques, d’où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets.
  5. 3  Il monta dans l’une de ces barques, qui était à Simon, et il lui demanda de s’éloigner un peu de terre. Puis il s’assit, et de la barque il enseignait les foules.
  6. 4  Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher.
  7. 5  Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ta parole, je jetterai les filets.
  8. 6  L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons, et leurs filets se rompaient.
  9. 7  Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque de venir les aider. Ils vinrent et remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.
  10. 8  Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : Seigneur, éloigne–toi de moi parce que je suis un homme pécheur.
  11. 9  Car la frayeur l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu’ils avaient faite.
  12. 10  Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Et Jésus dit à Simon : Sois sans crainte ; désormais tu seras pêcheur d’hommes.
  13. 11  Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent

Jésus va chercher Pierre

 Si la fuite de l’homme est une constante dans son histoire relationnelle avec Dieu, il existe une autre constante, celle de l’amour et de la patience de Dieu qui constamment cherche et attend l’homme. Le «  où es-tu  » prononcé par Dieu parcourant le jardin d’Eden, se répète à nouveau par Celui qui parcours la terre pour dire son amour et prendre dans son Royaume.

Souvenez-vous : Pierre avait rencontré Jésus et celui-ci lui avait dit en le regardant profondément et avec amour : « Tu es Simon, fils de Jonas : tu seras appelé Céphas » –– ce qui se traduit : Pierre.

Mais bizarrement si l’on peut dire, car il était libre d’accepter ou de refuser, Pierre refuse cet appel, à ce moment-là. N’était-il pas prêt ?  Il est nécessaire parfois de bien laisser murir l’appel de Dieu. Ce ne sont pas forcément ceux qui démarrent au quart de tour qui sont les plus fidèles. Mais nous savons que si nous, nous sommes infidèles, Dieu est fidèle à son plan, à son appel, car il ne peut se renier lui-même.

Jésus ne va pas donc pas lâcher Pierre. Ce Pierre avec son caractère, son orgueil, mais aussi son dynamisme et sa solidité, le Seigneur le veut pour sa gloire.

Regardons le paysage : le bord du lac, la colline qui descend en pente douce jusqu’à l’eau. Des gens qui se regroupent autour de Jésus. Il y en a de plus en plus. Ceux de derrière n’entendent plus les paroles de Jésus. Car le premier rang le touche littéralement. Un peu plus loin à une centaine de mètres peut-être, on voit des filets qui sèchent, une baraque de pêcheurs, et deux ou trois  hommes qui réparent les filets. A quelques mètres deux barques sont amarrées. Pierre est bien là. Il faut noter qu’il  n’est pas près de Jésus pour l’écouter.  Ce qui aurait été un peu normal après le premier appel que Jésus lui avait adressé.

Admirons la tactique de Jésus. Pour le moment rien ne sert d’affronter Pierre en face.

Jésus va se laisser pousser par la foule jusqu’à proximité de l’endroit où, une fois encore, Pierre répare ses filets. Pierre voit bien Jésus enseigner la foule,  peut-être même entend-il le son de sa voix, mais pas question d’arrêter son travail pour aller écouter les paroles de ce prêcheur. Le cœur de Pierre est un vrai champ de bataille. « Si c’était lui, si c’était lui celui que j’attends… si c’était bien lui, l’envoyé de Dieu…. Mais quand même, au lieu de changer mon nom, il aurait pu au moins me parler, me demander comment je vivais, comment allait mon entreprise; il prend vraiment les autres pour moins que rien…Changer mon nom de Simon en celui de Céphas, comme cela sans explication ; c’est quand même un peu fort.

De son côté, Jésus, attend le moment favorable. De plus en plus pressé par la foule, s’approchant de plus en plus de l’endroit, Jésus sollicite Pierre pour qu’il vienne à son aide. « Tu ne veux pas revenir à moi, alors moi, je viens à toi ; tu ne veux pas écouter mon enseignement, tu vas être au premier rang, dans la barque ; tu ne veux pas t’associer à mon travail, je vais emprunter ta barque ; tu veux fuir…. Où veux-tu aller maintenant ? »

« Il monta dans l’une de ces barques, qui était à Simon, et il lui demanda de s’éloigner un peu de terre. Puis il s’assit, et de la barque il enseignait les foules. »

 

Pendant plusieurs heures, Pierre va écouter les paroles du Christ, de ce Messie qu’il attend, mais qu’il refuse encore. La réparation de ses filets attendront, pour le moment il boit les paroles de celui qui affirme qu’il est venu pour prononcer la délivrance des captifs ; la guérison des aveugles et pour annoncer l’année de grâce du Seigneur. La foule est conquise.

Mais soudainement, alors qu’il ne l’avait pas prévu, Jésus s’adresse à lui directement, comme pour dire, bon, il ne suffit pas d’écouter mes paroles. « Voyons ce que cela veut dire pour toi, dans ta vie. ». C’est la tempête qui se lève. Sur ce bateau dont il pensait être le maître, un autre vient lui donner les ordres. Pierre n’est plus maître de rien. Déstabilisé, il tente bien encore  une riposte en faisant prévaloir ses propres compétences. «  Tu ne quand même pas me dire ce qu’il faut faire, je suis pêcheur de profession, toute la nuit nous avons pêché ici sans rien prendre ».

Et tout d’un coup, il cède….La foi se met en marche.  Les circonstances sont défavorables, le charpentier ne s’y connaît rien en matière de pêche, mais sur ta Parole, je jetterai le filet. J’abandonne toute résistance en me basant non pas sur les circonstances que je vois, mais sur ta parole. Pierre, rejoint par le Seigneur sur son propre terrain, lâche tout. Comme son ancêtre Jonas, Pierre est rejoint par Dieu sur son bateau ; mais lui ne sera pas englouti, parce qu’il a avec lui le Sauveur, le Messie, celui qui fait grâce.

Je parle de Jonas, parce que son histoire montre bien le cheminement que doit suivre tout être humain pour rencontrer Dieu. Ainsi en est-il pour Pierre, ainsi en est-il pour nous. Dès lors que nous lui laissons enfin les rênes de notre existence, nous passons par une mort, mort à notre orgueil, mort à nos revendications et prétentions, mort à nos sécurités individuelles. Il devient le Maître. Oserons-nous dire ce matin. Sur ta Parole je vais faire ce qui est impensable à mes yeux humains, ce qui est inenvisageable dans ma logique. Je me donne à toi. Seigneur.

De la mort, alors surgit la vie, de l’abîme survient le poisson  l’Ichtus ( Jésus-Christ, Fils du Dieu Sauveur)  qui récupère Jonas, de la mer vide jaillit les poissons en si grand nombre que Pierre va être comblé aussi au plan matériel et financier.

Saisi par la vie, c’est l’effondrement, Jonas, Pierre, vous, moi.  On pourrait imaginer Pierre revenant à la rive plein de fierté après avoir victorieusement remporté l’épreuve de la foi. Seulement Pierre se rend bien compte que dans l’épreuve de la foi, ce n’est pas lui qui est vainqueur, mais c’est Jésus qui est fidèle à sa Parole. Pierre effondré au fond de son bateau découvre qu’il a en face de lui, non pas l’homme de Nazareth, non pas le prophète, mais le Seigneur. Et cette lumière si forte surgissant de l’action miraculeuse de Jésus a pour conséquence la reconnaissance par Pierre de son indignité, de son éloignement, de l’horreur de sa prétention, de la folie de ses résistances. Brisé devant le Seigneur, il prend soudain conscience qu’il ne peut pas supporter la présence de Jésus, mais surtout, il prend conscience que Jésus  doit trouver la sienne intolérable. Notons qu’il ne s’agit pas ici du résultat d’une prédication rigoureuse de la loi qui culpabilise Pierre, mais bien plutôt de l’éclatant effet de l’amour de Celui qui n’a jamais cessé de le chercher.

L’Evangile pousse l’homme à reconnaître son état de faiblesse et alors, nous découvrons cet Evangile comme la volonté de Jésus de demeurer près de nous et de s’attacher à nous malgré notre indignité. Que l’homme comblé supplie Jésus de s’éloigner et que le Saint prenne cependant à son service l’homme pécheur pour en faire un pêcheur d’hommes, tel est le véritable miracle de ce récit. C’est là que se passe le second appel, décisif celui-ci de Jésus envers Pierre. Mais il y e aura encore d’autres, nous le verrons ensemble

Conclusions

Cette histoire de Pierre, je pense qu’elle est la mienne, qu’elle peut être la vôtre.

Dieu cherche l’homme depuis toujours. C’est même le fondement théologique de notre foi.

Dieu te cherche non pas pour te punir, mais pour te mettre debout et te faire pêcheur d’hommes. Pêcheur d’hommes, c’est être de ceux qui permettent les retours, les réconciliations, les relèvements. Chaque être chrétien est appelé à assumer cette fonction. Relever le plus grand nombre d’humains par la parole du Christ vivant.

Ce ministère n’est pas réservé au pasteur. Toi aussi tu as reçu cette mission.

Enfin, Pierre écrira des paroles qui pourraient servir de paroles d’envoi pour ce message.

Tu es appelé à ton tour à devenir Pierre. Une peirre vivante, une pierre sur laquelle  Dieu peut construire ?

« Approchez–vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu, 5  et vous–mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez–vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d’offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus–Christ ». 1 Pierre 2 v.10