Ton humanité, c’est Dieu en toi: la résurrection de Lazare

La résurrection de Lazare (Jean 11)

Ce septième miracle de Jésus raconté par Jean est sans aucun doute le plus fantastique. Il nous ramène face à ce qui hante l’être humain depuis toujours : la mort. Cette mort qui met un terme à l’existence, cette mort qui dépouille, qui laisse le vide et les larmes pour le combler.

Chacun des sept miracles  contient sa propre spécificité.  Mais chacun contient également un élément toujours central qui est une parole qui recrée, bouleverse et met en mouvement.   « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu »

1. Les noces de Cana : « remplissez d’eau ces jarres »  et c’est le vin de la nouvelle alliance qui est survenu

2. à l’officier du roi : va, ton fils est guéri

3. au paralytique de la piscine de Bethesda : lève-toi, prends ton lit et marche

4. Lors de la multiplication des pains : Ramassez les morceaux (ils remplirent  12 paniers) référence à la manne et  à cette demande  «  donne nous notre pain de ce jour »

5. Dans la tourmente de la tempête sur le lac : «  c’est moi, soyez sans crainte »

6. A l’aveugle né : «  va te laver à Siloé »

7. Face aux désespoirs de deux sœurs et de l’incompréhension humaine : «  Lazare, sors »

Cela est important, car plus que le signe-miracle,  c’est la parole qui constitue le centre du message

Que veut donc dire ce récit extraordinaire du relèvement de Lazare ? Que Jésus peut faire revivre des morts comme il l’a fait pour Lazare ?

Non. Ce n’est pas le message. Je sais bien que les morts ne ressuscitent pas, même si nous le souhaitons tellement dans ces moments de déchirement. D’ailleurs même Lazare est bien mort une fois pour toute ensuite.  Je n’attends pas que Dieu ramène à la vie physiquement ceux qui sont morts biologiquement. Que peut m’apprendre alors ce texte trop merveilleux ?

Le centre du message se trouve dans deux  paroles, voire trois.    Une première parole plus explicative au sujet de la résurrection : Marthe dit qu’elle y croit, mais comme quelque chose concernant la fin des temps. Jésus dit non, c’est pour aujourd’hui et maintenant : «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais»

C’ est le message essentiel: la résurrection, ce que Dieu peut nous faire, il ne faut pas l’attendre pour l’au-delà, mais c’est pour tout de suite, maintenant, sans attendre. Dieu peut nous « ressusciter », nous remettre debout et en marche, nous redonner confiance, nous libérer de tous les liens destructeurs qui nous enserrent.

Cette parole, Jésus la dit bien en réponse à la remarque de Marthe un peu fataliste : «  il ressuscitera au dernier jour »  C’est comme  si Jésus disait : «  au dernier jour peut-être, mais l’important c’est que tu peux vivre maintenant si tu crois en moi, car je suis la résurrection et la vie.  Davantage même, «  tu ne mourras jamais ».

Bizarrement en y regardant de cette manière, il n’y a pas de lien très direct entre cette parole et la résurrection de Lazare. Lui va revenir à la  vie physique, mais il mourra quand même un peu plus tard, on ne peut dire de lui qu’il ne mourra jamais »

Ce n’est donc pas au plan physique qu’il faut recevoir cette parole. L’histoire devient signe, parabole.

Qu’est-ce qui doit ressusciter et ne jamais mourir dans notre vie ? Je crois  profondément  c’est  ce  qui constitue notre humanité faite à l’image de Dieu ; ce qui en nous relève de la volonté créatrice de Dieu ; ce qui est de l’image de Dieu

Le mot « mort », en particulier, n’est pas utilisé dans la Bible seulement dans le sens d’une mort purement physiologique et le mot traduit par « résurrection», en grec signifie la « relevée ». Dieu peut nous relever, nous redonner la vie, nous remettre debout, nous remettre en marche.

Et là se trouve le double miracle de Dieu. Passer de la mort à la vie, c’est d’abord  revenir à la maison du Père. Il était mort, maintenant il vit (Luc 15). C’est ensuite retrouver sa place de fils et de fille dans la maison, de créature humaine du Père et du sens qu’il inscrit dans chacun et chacune.. Tout cela par la puissance extraordinaire de Dieu qui nous est transmise par le Christ: Dieu peut nous libérer de tous les enfermements mortifères possibles, même si ça fait longtemps que notre vie semble fichue, même si tout le monde nous dit mort, même si plus personne n’a d’espoir, le Christ peut nous remettre debout, en route, contre toute attente, contre toute logique et tout pronostic, simplement parce qu’il a ré-ouvert le chemin du retour. Cette résurrection d’abord spirituelle  nous ressuscite aussi dans notre vie pratique et sociétale.

Comme c’est le cas pour Lazare, les autres ont vite fait de nous enterrer, de nous déclarer fichus, plus bons à rien, de nous enfermer dans des catégories, des jugements, des condamnations, ils déclarent que nous sentons mauvais et qu’il n’y a aucun espoir. Pris par les bandelettes mortifères de la dégradation sociale, chômage, maladie, exclusion,  nous cheminons vers la décomposition de notre vie humaine.  Souvent nous laissons les autres se perdre sur ce chemin.

Si la première parole de Jésus est plutôt de l’ordre de l’annonce, la seconde est justement celle qui change les choses et produit le miracle : «  Lazare sors »

Sors de ta mort, sors….Pour Lazare, le processus est assez complexe, assez lent. Il sort de son tombeau, mais il a encore ses bandelettes, il va falloir un peu de temps pour que ce soit parfait, mais il est libre, il est vivant.

Et c’est là qu’il faut être attentif sur ce qui entoure cette parole de vie : «  Lazare sors »

En fait il n’y a pas que Dieu qui soit acteur, il y a aussi le Christ, et Lazare aussi, d’une certaine manière, et puis les proches. Chacun a un rôle.

Jésus est celui qui fait connaître cette puissance et permet d’en bénéficier. Il est la Parole. Il proclame, et il appelle. Il appelle les autres à agir, et aussi Lazare à sortir. Mais Jésus ne va pas chercher Lazare au fond de son tombeau. Dieu fait ainsi le premier pas, mais ensuite, c’est à toi ou à moi  d’entendre la voix et de sortir.

Les proches, eux, doivent enlever la pierre du tombeau, enlever les bandelettes… ils ont un rôle essentiel pour leur ami. On ne peut pas s’en sortir tout seul, même avec l’aide de Dieu, il  faut des accompagnants. Toi tu peux l’être

Le processus de résurrection est composé de plusieurs acteurs :

–      Des hommes qui ouvrent les tombes, qui osent aller voir dedans, qui osent  franchir le mur de séparation que chacun met autour de lui pour cacher sa mort.

–      Du Christ qui intervient avec cette parole forte: « Lazare, sors » Toi, sors ; vas-tu sortir ?

–      De Lazare qui se lève seul et qui  tout faible et lié se présente à la communauté

–      Des hommes et femmes à nouveau qui reçoivent  Lazare et qui entament avec lui le processus de libération des bandelettes. Une à une en entendant la troisième parole de Jésus : « Déliez-le ».

–      Cela c’est l’envoi. Appelés à déliez plutôt qu’à écraser, à faire vivre plutôt qu’à exclure, à intégrer plutôt qu’à laisser dans les tombeaux. Tout un programme politique. Celui de l’Evangile

C’est tout cela la résurrection de Lazare. Voilà ce que signifie : Je suis la résurrection et la vie