Saphira tuée par l’autoritarisme de Pierre

PIERRE : crise d’autoritarisme (Actes 5 v.1-11)

Mais un homme du nom d’Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété et retint avec le consentement de sa femme une partie du prix ; puis il apporta l’autre partie et la déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan a–t–il rempli ton cœur, au point de mentir à l’Esprit Saint et de retenir une partie du prix du champ ?  Lorsque tu l’avais, ne demeurait–il pas à toi ? Et, après la vente le prix n’était–il pas à ta disposition ? Comment as–tu mis en ton cœur une pareille action ? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.  Ananias entendit ces paroles, tomba et expira. Une grande crainte saisit tous les auditeurs. Les jeunes gens se levèrent, l’enveloppèrent, l’emportèrent et l’ensevelirent.  Environ trois heures plus tard, sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé.  Pierre lui adressa la parole : Dis–moi, est–ce à tel prix que vous avez vendu le champ ? Oui, répondit–elle, c’est à ce prix–là.   Alors Pierre lui dit : Comment vous êtes–vous accordés pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voici : ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte ; ils t’emporteront.  A l’instant, elle tomba à ses pieds et expira. Les jeunes gens, à leur entrée, la trouvèrent morte ; ils l’emportèrent et l’ensevelirent auprès de son mari.   Une grande crainte saisit toute l’Église et tous ceux qui apprirent ces choses.

Introduction

Le livre des Actes des Apôtres  relatent un certain nombre événements arrivés à un moment particulier, dans un contexte particulier, celui de la naissance de l’Eglise et de l’euphorie qui l’a accompagnée. Quand je parle d’euphorie, je parle aussi de violence, d’emprisonnement, de persécutions terribles, de rejet, de pauvreté extrême. Les 12 premiers chapitres dans lesquels nous voyons beaucoup Pierre à l’œuvre recoupent finalement une période assez courte. Il n’y a pas un véritable souci de chronologie. L’objectif de Luc qui n’a pas forcément vécus tous les événements qu’il raconte,  consiste à poser un cadre assez exceptionnel sur lequel, le mouvement missionnaire de Paul, auquel, cette fois-ci, il va participer va pouvoir s’appuyer et se développer. De la même manière qu’Israël va sortir d’Egypte et se constituer en peuple au travers d’événements extraordinaires, de miracles fantastiques, mais aussi de moments extrêmement dramatiques, l’Eglise va sortir du peuple juif, se constituer en une communauté vivante au travers d’événements parfois surprenant. Le point d’orgue de cette naissance, si l’on peut dire, va être le synode de Jérusalem qui marquera de manière décisive la rupture avec l’ancienne alliance et la séparation du rite religieux façonné par Moïse. C’est le tournant radical du chapitre 15.

Il ne s’agit donc pas de vouloir reproduire les évènements du livre des Actes, pas plus qu’il faut en tirer des lignes dogmatiques, doctrinales. Là n’est pas le but de ce livre.

  1. Ananias et Saphira

2.1. Étrange constat.

Cela s’applique bien à ce récit de la mort d’Ananias et de Saphira. Ce texte est plutôt embarrassant. Je doute que vous n’ayez entendu beaucoup de prédication sur le sujet ; à moins d’avoir un pasteur moraliste qui veut vous faire peur si vous désobéissez à Dieu ou si vous ne donnez pas assez à l’offrande en disant : « regarde ce qui s’est passé avec Ananias et Saphira ; fais attention, cela pourrait aussi t’arriver ». Sauf que chacun est concerné et que du coup surgit une question capitale : « quel est ce Dieu qui fait mourir le pêcheur ». Et toi Pierre qui as renié Jésus, pourquoi n’es-tu pas mort ? Plus tard, même tu feras toi-même  l’hypocrite, Paul te le reprochera (Galates 2 v.11) Comment peux-tu souhaiter et faire mourir Saphira qui ment, certes, mais pas plus que  toi ? Car, le fond de l’histoire, c’est juste un petit mensonge. Et le Dieu en qui je crois, ne correspond pas à cette image à première vue d’un Dieu injuste qui ôte la vie à l’un et pas à l’autre. Il ne peut vouloir la mort de sa créature. N’a-t-il pas fait lui même le sacrifice, afin que plus aucune être humain ne soit sacrifié?

2.2. Le contexte

Je parlais tout à l’heure d’euphorie. En voilà un exemple. La communauté se développe, beaucoup de ses  membres sont pauvres, alors les plus riches vendent leur terrain et donnent cela pour les pauvres. On cite l’exemple de Barnabas. Euphorie, car quelques temps plus tard,  il faudra que les chrétiens de Turquie et de Grèce se cotisent pour aider ceux de Jérusalem qui manquait de moyen face à une période de crise alimentaire. Il était donc de bon ton de vendre son bien et de le donner.

C’est ce que vont faire Ananias et Saphira. Mais eux, ils ne veulent pas tout donner, ce qui est parfaitement leur droit ; d’ailleurs Pierre le rappellera. Ils ne veulent donc pas tout donner, mais faire croire aux autres qu’ils ont tout donné.  Ça fait mieux

2.3. Les faits

Le constat du mensonge n’est certainement pas à mettre en cause. L’accusation d’avoir menti à Dieu et à l’Esprit peut très bien se comprendre.

Ananias dont le nom signifie : « l’Eternel a été miséricordieux » ; ne trouve pas miséricorde, si nous pensons que c’est Dieu qui l’a frappé. Pierre a sans doute été surpris de voir Ananias s’effondrer raide mort. Quel a été le ton de l’accusation, la pression effectuée pour que, démasqué, Ananias s’effondre d’une crise cardiaque ? Nous ne le savons pas. Pierre a sans doute été dépassé par les événements.

Le problème, c’est que Pierre a vite compris l’avantage qu’il pouvait tirer de ces circonstances. En tout cas c’est ce que le récit, un peu invraisemblable tente de montrer.

On enterre Ananias, sans en parler à sa femme… ; Vous trouvez cela normal ? Elle ne sait rien ; son mari est mort, enterré et la première chose que Pierre fait, ce n’est pas de la soutenir, ni de lui présenter ses condoléances ; mais bien plutôt de la convoquer au tribunal, son tribunal à lui afin de provoquer un tel choc que quoiqu’il arrive, tout cela restera gravé dans les esprits.

A son tour, le choc opère. Une parole sans mesure, sans amour. Une parole qui tue : «  ceux qui ont emmené ton mari vont maintenant te prendre ». Cela veut dire que moi j’estime que tu as pêché de manière si grave, que je veux que tu meures. Dieu ne le lui avait pas demandé ; Dieu n’a jamais voulu que l’on tue en son nom que cela soit par une arme, ou par une parole.

Pour moi Pierre a fait véritablement une erreur. Une crise d’autorité.

Il a oublié le chemin par lequel il est lui-même passé. Il a oublié qu’il a bénéficié à de multiples occasions de la grâce, du pardon de Celui qu’il avait profondément offensé ; Il a oublié que l’Eternel avait été miséricordieux. Il a oublié « Ananias »

Alors oui, les gens sont tombés dans la crainte. Oui mais quelle crainte ? Celle d’un Dieu qui tue si tu ne marches pas droit ? Celle d’un Dieu qui dit pourtant qu’il t’ a tant aimé ? Celle d’un Dieu qui dit justement que l’amour parfait bannit la crainte ?

On est là dans une construction humaine qui utilise la peur pour faire adhérer les êtres humains à un Dieu juge. Cette construction intellectuelle et religieuse, nous la voyons plus que jamais avec le terrorisme. Elle a été présente, hélas dans l’Eglise, peut-être même que vous en avez été victime.

Alors je ne sais pas pourquoi Luc a choisi de rapporter cette histoire particulière. Peut-être bien que c’est en raison de l’impact qu’elle a eue sur les gens. Peut-être que c’est parce qu’il a pensé qu’il convenait ainsi de montrer la sainteté de Dieu.

Oui, on ne se moque pas de Dieu ; on ne trompe pas les gens avec lesquels on veut vire en communauté. Mais ce n’est pas Dieu qui voulut la mort d’Ananias et Saphira.

Cela me montre les dérives ecclésiastiques dans lesquelles nous pouvons tomber quand le jugement prend le dessus sur la bienveillance et le pardon. Pierre a joué avec cela. Nos paroles peuvent tuer.

Dieu n’a jamais demandé à qui que ce soit d’exclure, de tuer qui QUI QUE CE SOIT, ni par une arme, ni par une parole.